2010.04.12 Il y a trois mois, Jonas et Naïka échappaient au séisme haïtien

source : Laprovence.com

De Port-au-Prince à l'Isle-sur-la-Sorgue, récit d'une adaptation réussie
Le 31 janvier, quand ils ont posé le pied sur leur terre d'adoption, Jonas, 4 ans et demi, et Naïka, 6 ans, ne parlaient pas un mot de notre langue. Hier, assis dans leur chambre, ces deux-là ont naturellement chantonné un bon vieux Joe Dassin - Aux Champs-Élysées- en choeur et dans un parfait français à la sauce créole. Si ça c'est pas de l'intégration…

Durant les deux heures de notre visite, le sourire n'a jamais quitté leur visage. Comme s'ils savaient que, grâce à Élisabeth, ils avaient échappé à l'enfer haïtien du 12 janvier pour rejoindre le paradis dans cette jolie maison ancienne et fleurie de L'Isle-sur-la-Sorgue.

Pourtant, les stigmates de ces minutes interminables remontent à la surface, parfois, même trois mois plus tard et à plus de 7500 km. “Naïka en parle souvent”, confie Élisabeth Champon, leur “maman blanche”, comme ils la surnomment tendrement.

Soudain, la petite fille se met à mimer la scène du séisme. Elle explique qu'il a fallu se coucher au sol et que quelqu'un, dans leur orphelinat, où ils vivaient depuis un an et demi, leur a dit que ça n'était pas grave. “Mais si c'était grave en fait !”, rectifie-t-elle, comme dénuée de toute naïveté enfantine. Si grave que les deux petits bouts, comme des milliers d'autres enfants, n'ont rien bu et rien mangé pendant plusieurs jours et qu'ils ont dormi dehors durant des nuits aux airs d'apocalypse.

Des conditions de vie quotidienne aux antipodes de cette tartine au miel et de ces cookies qu'ils s'enfilent sous notre nez à l'heure du goûter. “Ils se sont très vite faits à la vie ici. Sauf au fait de se coucher, avec l'heure d'été notamment, alors qu'il fait encore jour dehors! Là-bas, il fait nuit à 18h30 et cela toute l'année, explique leur maman. Et puis, ils ont déjà été invités à deux anniversaires de copains d'école !”

Une deuxième preuve d'intégration. Entre eux, le lien s'est tissé simultanément. “À l'aéroport, Naïka m'avait naturellement prise par la main alors que Jonas se blottissait dans mes bras après avoir pleuré un peu à cause de la fatigue. Et ici, ils se sont immédiatement bien entendus avec Marie-Amélie, ma fille adoptive de 10 ans. Elle a même renoncé à sa chambre pour s'installer avec eux dans celle-ci !”, précise Élisabeth d'un sourire radieux.

“Vous savez, je crois qu'on fait vraiment un pataquès autour de l'adoption. S'il y a du coeur dans la démarche, alors c'est le principal. Il y a tant de familles où le sang est commun mais où l'amour est inexistant, continue-t-elle, et puis de toute manière, quand j'étais petite, je rêvais d'avoir une famille de toutes les couleurs !”

Elisabeth leur parle librement de leurs parents biologiques. “Même s'ils les avaient laissés un an et demi plus tôt, je me suis engagée à leur donner des nouvelles. Et je vais les y amener, assure-t-elle. Mais Naïka est inquiète, elle demande souvent si je resterai toujours avec elle…“
Romain CAPDEPON (rcapdepon@laprovence-presse.fr )


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