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2010.04.17 Sa mère adoptive le trouvait violent, elle l'a renvoyé en Russie

source : lematin.ch

Une Américaine a placé son fils adoptif russe de 8 ans dans un avion pour Moscou, arguant qu'elle ne voulait «plus être le parent de cet enfant». Le feuilleton passionne la presse russe et américaine

Il se prénomme Artem, Tioma pour les intimes, et a fêté ses 8 ans ce vendredi. Son histoire ressemble à un conte cruel, de ceux que l'on raconte aux enfants pour qu'ils soient sages. Sage, Artem ne l'a pas été assez. Du moins selon sa mère américaine, qui, sept mois après l'avoir adopté et rebaptisé Justin Hansen, l'a renvoyé en Russie, son pays d'origine. Motif: «Mentalement instable» et «violent».

L'agence russe ITAR-TASS a révélé cette semaine que Torry Hansen, infirmière célibataire de 27 ans, cherchait parallèlement à adopter un petit Géorgien: elle aurait congédié Artem dans l'espoir d'accueillir rapidement cet autre garçon.

Lorsqu'il a débarqué seul de l'avion ce 8 avril à Moscou, où il pensait avoir été envoyé «en excursion», Artem portait avec lui deux enveloppes. L'une, contenant 200 dollars à l'intention d'Artur, le guide mandaté par sa grand-mère adoptive, Nancy Hansen, pour le conduire de l'aéroport au Ministère de l'éducation russe.

L'autre, renfermant une lettre de Torry Hansen: «A qui de droit: j'ai adopté cet enfant (…). Il est violent et a de profonds problèmes psychotiques (…) J'ai été induite en erreur par l'orphelinat russe (…) Après avoir offert le meilleur à cet enfant (…) J'aimerais que l'adoption soit annulée.»

D'un orphelinat de Partizansk, ville minière en déclin de l'extrême-orient russe, à Shelbyville, Tennessee, et retour. Ce 8 avril, après avoir avalé une tranche de tarte accompagnée d'un thé au Ministère de l'éducation, selon le récit que son guide, Artur, a fait à la Komsomolskaja Pravda, Artem a été conduit à l'hôpital. D'après les médecins, il souffre d'un état dépressif. A Pavel Astakhov, ombudsman des droits des enfants en Russie, Artem a raconté en anglais que sa mère adoptive lui «tirait les cheveux», et que sa grand-mère était «bad» (mauvaise).

Alors que les médias américains, antennes satellites braquées sur la maison des Hansen, tentaient cette semaine de comprendre le geste de la famille, les Russes s'empressaient au chevet de «leur» enfant. «Le garçon a pris froid, il a 38,5 de fièvre», relatait vendredi la radio Echo de Moscou, précisant qu'Artem a reçu un beau «cadeau» pour ses 8 ans: l'assurance d'être dorénavant élevé dans une famille. Plusieurs Russes et de nombreux Américains se seraient portés volontaires pour accueillir l'enfant.

Interrogé par la chaîne américaine ABC, le président russe Dmitri Medvedev a jugé le geste des Hansen «amoral». Un porte-parole du Ministère russe des affaires étrangères a par ailleurs annoncé jeudi que toutes les adoptions d'enfants russes par des familles américaines étaient suspendues jusqu'à ce que les deux pays trouvent un accord sur les procédures.

Et si cela avait lieu en Suisse?

Les enquêteurs de Shelbyville, Tennessee, cherchaient cette semaine à démêler les événements qui ont conduit Torry et Nancy Hansen à placer leur fils et petit-fils adoptif dans un avion pour le renvoyer en Russie. Cela afin de déterminer les responsabilités de chacun, y compris de l'agence d'adoption,

Basée à Washington.

Si une mère adoptive suisse agissait comme Torry Hansen, elle pourrait être condamnée sur dénonciation, selon Heinz Wernli, du Service de protection de la jeunesse vaudois. Il précise qu'«une grande détresse modifie la notion de culpabilité. Et quoi que l'on fasse, l'Etat est coresponsable du moment qu'il délivre une autorisation d'adopter

De plus, dans les premiers mois qui suivent l'arrivée de l'enfant dans la famille, l'adoption n'est pas formellement prononcée: «En Suisse, les enfants sont mis sous curatelle durant dix-huit mois au maximum, s'ils viennent d'un pays qui a signé la Convention de La Haye, ou sous tutelle pendant douze mois au moins, s'ils viennent d'un pays non conventionné», explique Heinz Wernli.

Le chef de l'Office de surveillance des structures d'accueil des mineurs est intervenu dans des situations semblables à celle des Hansen. «Je me souviens de parents qui n'en pouvaient plus, et disaient «reprenez-le!» Avec des enfants biologiques, le lien du sang empêche d'envisager cette extrémité. Plus l'enfant est adopté grand, plus il a une histoire, et plus sa prise en charge nécessite des capacités supérieures à la moyenne.» Pour ce professionnel, le geste de Torry Hansen, «pour horrible qu'il puisse paraître, a peut-être évité de commettre l'irréparable. Mais elle aurait dû chercher de l'aide aux Etats-Unis.»


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