2010.05.03 Au nom d'Henry et de Djoulie, leurs enfants et ceux d'Haïti

source : lavoixdunord.fr
Ils ont adopté un enfant de Port-au-Prince avant le séisme. Deux couples de Templeuve et Fretin se battent pour reconstruire la crèche Notre-Dame-de-la-Nativité où Henry et Djoulie ont passé les premières années de leur vie et où 56 de leurs copains ont laissé la leur, le 12 janvier. Mercredi, ils accueilleront Mamie Jean-Jean, la directrice, qui rencontre à Fretin les adoptants de la région qui ont perdu un enfant dans le tremblement de terre.

PAR MARIE VANDEKERKHOVE

villeneuvedascq@lavoixdunord.fr

Toujours sans nouvelles des parents biologiques de Djoulie, trois ans et demi, arrivée en octobre chez Virginie et Stéphane, à Templeuve. Toujours sans nouvelles du papa haïtien d'Henry, même âge, depuis un an chez Sophie et Bertrand, à Fretin. C'est l'une des clés de l'adoption en Haïti : les petits gardent contact avec leurs géniteurs jusqu'à leur majorité. Mais le séisme se moque des lois. C'est Éveline Louis-Jacques, alias Mamie Jean-Jean, qui donnera des nouvelles de vive voix. Pas sûres qu'elles soient bonnes.

Depuis presque quatre mois, les parents adoptifs d'Henry et Djoulie vivent à l'heure d'Haïti. Peinant à gérer l'afflux d'émotions. « Nous connaissions tous les enfants “apparentés” aux couples de la région et qui ont péri. Je n'ose même pas imaginer, si les papiers de Djoulie avaient comporté une seule erreur… », ressasse Virginie sans terminer. Stéphane et elle sont allés chercher leur fille après la rentrée. « Nous l'avions vue en photo. Quand nous sommes arrivés à la crèche, elle nous attendait sur une petite chaise, assise, devant une chorale d'enfants. C'est toujours le même rituel, ils nous souhaitent la bienvenue », commente-t-elle devant une vidéo souvenir. « Tout le temps où nous restons, nous avons des grappes d'enfants dans les bras, c'est pour cela que nous les connaissions tous », sourit tristement Stéphane.

Mais avant, l'adoption est un parcours du combattant : « Il s'écoule dix-huit mois entre le moment où on fait la connaissance de notre enfant, par dossier, et celui où il vient vivre avec nous », complètent Sophie et Bertrand.

Les deux couples ont attendu plus de quatre ans avant de devenir parents d'un enfant haïtien. Une interminable grossesse qui soude les liens entre les adoptants et le pays.

« Je me sens Haïtienne », confie Sophie, qui n'a jamais envisagé de stopper l'adoption alors qu'elle est tombée enceinte. Elle se démène avec passion pour Port aux petits princes. L'association regroupe des parents ayant adopté auprès de la crèche Notre-Dame-de-la-Nativité, un orphelinat où les petits ont encore leurs parents, la plus éprouvée lors du séisme. Après le 12 janvier, les adhérents ont organisé des vide-greniers, des ventes de confitures… Bientôt submergés par la générosité des Nordistes en denrées ou en équipements. « Heureusement, le maire de Templeuve a pu nous prêter un local provisoire de 750 m² où entreposer nos 44 palettes », souffle Sophie. Elles sont arrivées à bon port il y a quelques jours via la République Dominicaine, grâce à un solide comité d'accueil pour éviter les pillages. « Des collectivités ont voté des subventions, des associations ont consenti des dons. Des Parisiens nous ont même réalisé un clip, gratuit… », s'émeut Sophie.

Tous les ans, Mamie Jean-Jean entame un tour de France des adoptants. Cette année, il aura le goût des larmes. Elle devrait rencontrer les sept familles nordistes qui ont perdu un enfant « apparenté » dans le séisme. Mais cette mère courage pourra se nourrir de sourires, ceux d'Henry, Djoulie, et de leurs parents, pour panser Haïti.


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