2010.06.28 Des enfants indiens volés pour l'adoption

(Arab Emirates National, traduit de l'anglais) CHENNAI (MADRAS), INDE. Quand Nagarani et son mari Kathirvel sont arrivés aux Pays-Bas depuis l'Inde ce mois-ci, le couple pensait qu'ils pourraient prouver qu'un garçon néerlandais de 12 ans était leur fils Sathish, qui leur avait été volé de leur maison d'un bidonville de Chennai 11 ans plus tôt.

Mais la cour néerlandaise leur a refusé un test ADN sur un garçon adopté par une famille néerlandaise d'origine indienne, à cause du risque de traumatisme pour l'enfant.

“Je suis absolument sûre que Rohit n'est autre que mon Sathish. J'ai fait le voyage jusqu'aux Pays-Bas, je suis déçue de ne même pas avoir le droit de rencontrer mon fils,” a dit Nagarani à son retour en Inde la semaine dernière,

“Je n'en veux pas aux Bissesars d'avoir pris mon fils pour l'adopter. Nous étions très peinés que les parents adoptifs ne veulent même pas nous rencontrer. Je voulais leur dire que nous étions fous de douleur après la perte de Sathish. J'espère qu'un jour, Sathish comprendra au moins la douleur que nous avons vécue depuis que nous l'avons perdu.”

Le combat du couple pour retrouver leur fils met en lumière la difficulté des douzaines de parents indiens, qui cherchent leurs enfants probablement volés par des trafiquants puis vendus pour l'adoption internationale, sans que leurs parents biologiques le sachent.

Selon Bachpan Bachao Andolan (Mouvement pour Sauver l'Enfance), une OND indienne des droits de l'enfant, 45 000 enfants disparaissent chaque année en Inde. La plupart d'entre eux finissent dans la prostitution, le travail forcé ou les enfants des rues des grandes villes. Certains enfants disparus atterrissent dans des orphelinats, et une partie finissent dans des familles adoptives en Inde ou à l'étranger.

Une nuit en 1999 où Nagarani et Kathirvel dormaient avec leurs trois enfants devant leur hutte du bidonville, le petit Sathish, âgé d'un an, a été retiré de son lit. Des mois de recherche du bébé n'ont mené à rien, mais le couple a suspecté que Sathish avait été volé par des trafiquants d'enfants pour être vendu à l'étranger.

Puis en 2005, quand la police a arrêté un gang de trafiquants en Inde du Sud, il apparut qu'ils avaient fournis des enfants en secret, y compris Sathish, au Service Social Malaisien (MSS), un orphelinat de Chennai qui était autorisé pour proposer des enfants à l'adoption internationale.

L'enquête révéla que dans la dernière décennie, MSS avait envoyé illégalement au moins 350 enfants indiens pour l'adoption.

Dans le bureau de l'orphelinat, la police retrouva en 2005 des photos de masses d'enfants apparemment volés à leurs parents, et Nagarani et Kathirvel identifièrent un enfant, envoyé aux Pays-Bas pour adoption, comme leur fils.

Quand le Bureau Central d'Enquêtes Indien (CBI) commença à enquêter sur le cas de Sathish, Against Child Trafficking (ACT), une ONG basée aux Pays-Bas qui lutte contre le trafic d'enfants pour l'adoption internationale, contacta la famille néerlandaise dans la ville d'Almere en 2006 et les informa que leur fils adoptif, Rohit Shivam Bissessar, avait potentiellement été volé à sa famille originelle en Inde.

La famille Bissessar, qui avait payé 35 000 dollars pour adopter l'enfant, a refusé un test ADN, de peur que l'enfant leur soit retiré. Nagarani et Kathirvel, avec l'aide d'ACT, a déposé une plainte Mardi dernier à la police d'Almere contre la Fondation Meiling, l'agence néerlandaise d'adoption qui avait placé Rohit, et contre les Bissesars, les accusant de kidnapping.

Dans la plainte, le couple affirme que les cours néerlandaises et les autorités légales “protègent les kidnappeurs néerlandais” et que “les Pays-Bas ont encouragé le kidnapping d'enfants de pays étrangers vers leur pays”.

L'opinion de la police néerlandaise est que les Bissesar n'ont eu aucun rôle dans le kidnapping ou le trafic de l'enfant. Dans une cour de Chennai, le CBI indien, à la suite de son enquête sur le cas de Sathish, ont poursuivi les trafiquants de l'enfant et les officiels de MSS pour kidnapping, fabrication de faux documents, et envoi pour adoption illégale.

Il y a plus de 11,5 millions d'enfants abandonnés en Inde, selon Bachpan Bachao Andolan, et les autorités demandent régulièrement aux pays occidentaux d'adopter des enfants des centaines d'orphelinats du pays. Selon l'autorité centrale de l'adoption indienne [Cara], environ un millier d'enfants indiens sont adoptés par l'étranger chaque année, la plupart pour les États-Unis.

Les règles de la Cara disent qu'un couple étranger qui adopte un enfant indien ne devrait pas payer plus de 3500 dollars à l'orphelinat. Cependant, dans les fauits, les parents étrangers sont souvent forcés de payer 10 à 12 fois cette somme à des agences d'adoption privées qui jouent le rôle d'intermédiaires, ce qui fait de l'adoption un business lucratif en Inde.

L'aide Sociale à l'Enfance du Tamil Nadu (CWC) pense que le trafic et la vente d'enfants pour l'adoption internationale est encore chose commune en Inde du Sud.

“La semaine dernière, nous avons découvert qu'un orphelinat de Chennai, qui avait une licence pour l'adoption internationale, avait potentiellement volé cinq enfants en mentant à leurs parents biologiques, apparemment pour les vendre pour adoption à des familles riches - sans doute à l'étranger,” a dit P Manorama, le responsable de CWC à Chennai, en référence à l'agence d'adoption Guild of Service, actuellement sous investigation pour son rôle dans des adoptions illégales.

“Des enfants sont sans cesse perdus et beaucoup restent introuvables. Nous avons des raisons de penser que le kidnapping d'enfants pour les vendre a toujours cours dans la région.”


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