2010.07.14 Six mois après le séisme en Haïti, Richard languit ses enfants adoptés

(Midi Libre) Richard Pellé devait adopter deux gamins mais la catastrophe a tout bloqué.

Elmina sourit à pleines dents. Mickenson affiche de grands yeux expressifs. Leur père, Richard Pellé, a accroché leurs portraits partout. Dans son bureau d’archéologue à Nîmes, en fond d’écran sur son ordinateur, chez lui à Vauvert. Les deux petits Haïtiens occupent sans cesse son cœur et son esprit. Car depuis la mi-décembre où il a fait leur connaissance, passé quinze jours en leur compagnie, le Gardois ne les a plus revus. Il a la plus grande, 5 ans, au téléphone chaque semaine. Son garçon, 2 ans, est encore trop jeune pour s’exprimer dans le combiné.

Richard pensait pouvoir accueillir rapidement les deux enfants de la crèche “Les petits anges de Chantal” aux Cayes, au sud-ouest du pays, quand Haïti a été ravagé par le séisme. Le célibataire avait obtenu l’agrément de circonstance, puis l’attribution pour le garçonnet et la fillette, dans l’attente d’un jugement confirmant leur adoption. Il était justement en ligne avec la directrice de la structure afin de souhaiter un bon anniversaire à Elmina quand la terre a tremblé. La conversation a été interrompue. « J’ai passé quatre jours sans dormir, sans savoir ce qu’ils étaient devenus, surtout Mickenson, à la santé fragile, que je croyais à Port-au-Prince, là où se trouve une partie de la crèche. » Il finit par apprendre que les deux petits sont sains et saufs.

Depuis, il attend, impuissant. La procédure s’enlise. Les dossiers sont au point mort. Pire, Richard avait demandé une extension d’adoption pour pouvoir accueillir Elmina dont il avait obtenu l’attribution anticipée. Mais là aussi, plus aucune nouvelle. « Je souhaitais adopter deux enfants. On m’a présenté mon fils en juin 2009, ma fille un mois après. » Les deux enfants n’ont pas de liens de sang, mais depuis qu’ils ont rencontré Richard qu’ils appellent “Papi” (papa, en créole), ils sont comme frère et sœur : « Elmina fait même manger Mickenson. Ce serait terrible si elle ne pouvait pas nous rejoindre. » Pour l’heure, le Gardois n’est même pas certain de voir dans un futur proche son fils. « 500 dossiers d’adoptions sur le millier d’avant séisme sont bloqués. On ne connaît pas la position de l’Etat français. En novembre, il y a des élections en Haïti. C’est angoissant, car tout peut encore empirer. » Richard garde espoir, fort du soutien des siens et de parents dans son cas avec qui il parle souvent. En mai, il était en Guadeloupe pour son travail. Il est passé par Haïti pour apporter des cadeaux à ses enfants. Sans les voir toutefois. Pour ne pas les faire souffrir. Pour ne pas qu’ils se sentent abandonnés une fois encore.


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