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2010.09.14 Ce couple de Meyrargues se bat pour faire venir Lilou, adoptée au Congo

source : laprovence.com

Ils ne renoncent pas à leur fille

En juin dernier, elle a craqué. Et fait place nette dans le salon. Plus un jouet de Lilou ne traîne au bas des escaliers. Corinne soupire : “Ça faisait vraiment trop mal.”

Ses jouets, Lilou ne les a jamais vus. Officiellement, c'est pourtant la fille des Leclercq depuis deux ans. Depuis qu'un juge de Kinshasa a accordé au couple de Meyrargues, près d'Aix, l'adoption simple de cette petite Congolaise âgée alors de 18 mois.

Depuis, Lilou est bloquée au Congo. Sans visa pour la France. C'est une disposition dans la loi de la République démocratique du Congo qui a plongé les Leclercq dans une situation inextricable. La RDC interdit, en effet, l'adoption aux couples ayant plus de deux enfants… “Et nous avons déjà trois enfants biologiques ainsi qu'une fille adoptée en Polynésie”, concède Corinne.

Une situation de famille que connaissait parfaitement le juge de Kinshasa, le 24 septembre 2008, lorsqu'il a signé l'acte d'adoption. “Alors que tout s'était bien passé et que des liens s'étaient tissés entre Lilou et nous, le Service de l'adoption internationale s'est rendu compte que la loi du Congo n'avait pas été respectée,poursuit Corinne. On nous a informés que sans dispense présidentielle de la RDC, la France ne nous délivrerait pas de visa. Nous étions anéantis. Notre situation de famille n'avait pas été cachée et à l'époque, personne ne nous avait prévenus.”

Déçus et meurtris, les Leclercq n'entendent pas pour autant baisser les bras. Sur les conseils d'un avocat, ils demandent l'exequatur (l'application) du jugement congolais auprès du TGI d'Aix- en-Provence. Décision qu'ils obtiennent en mars 2009. Mais rien ne bouge.

Le consul de France à Kinshasa refuse toujours de délivrer le visa. “C'est illégal, s'emporte Corinne. Nous avions un jugement qui était exécutoire en France et dans toutes les représentations françaises à l'étranger.” Le couple remue ciel et terre et une éclaircie leur redonne un nouvel espoir. “En octobre dernier, on nous avait dit que tout était OK, relate Corinne. J'ai donc pris un billet d'avion pour Kinshasa. Mais la veille de mon départ, le consul m'a informé que Lilou ne pourrait toujours pas partir sans dispense présidentielle… ”

Entre-temps, une commission franco-congolaise avait été mise en place pour veiller à la scrupuleuse application des règles. “Et c'est elle qui nous refuse le visa”, accuse, écoeurée Corinne.

“Ce sont des gens de très mauvaise foi, assène, agacé, le Service de l'adoption internationale. On leur a dit plein de fois qu'ils ne pouvaient pas adopter.” Même position au service adoption du ministère des Affaires étrangères.“On les a mis en garde mais ils font du forcing, estime-t-on. Mais si le dossier est bloqué, c'est à cause du Congo. La France ne peut rien faire. Même avec un jugement congolais. Là-bas, il faut savoir comment les choses se passent. Il y a beaucoup de corruption…”

“Mais les couples ayant moins de cinq ans de mariage ne peuvent pas adopter non plus. Pourtant le Congo laisse faire. C'est injuste”, s'insurge Corinne qui compte bien se battre jusqu'au bout. “Je vais la décrocher cette dispense présidentielle. Je ne sais pas comment, mais je vais essayer. Je pars à Kinshasa bientôt. Je veux rentrer avec ma fille.”

En attendant, Lilou grandit à des milliers de kilomètres, victime d'exigences administratives qui risquent de la condamner à rester longtemps dans cet orphelinat. “Elle porte notre nom. Elle ne peut plus être adoptée par quelqu'un d'autre, se désespère Corinne. C'est terrible pour elle.”

Lætitia SARIROGLOU (lsariroglou@laprovence-presse.fr)


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