2010.10.18 Maroc : Né "sous X", la quête sisyphienne du "biologiquement correct"

(Biladi, Maroc) Dépourvus de généalogie biologique “légitime”, ces bébés nés “sous X” sont généralement accueillis dans des structures appelées désormais “centres pour enfants privés de famille”, avant que certains d'entre eux, en majorité de sexe féminin, ne soient adoptés dans le cadre de la Kafala (prise en charge).

A titre d'exemple, quelque 130 enfants sont adoptés en moyenne, chaque année, au niveau de la région de Rabat aussi bien par des couples marocains que par des ressortissants étrangers, ces derniers devant obligatoirement se convertir à l'Islam, tel que stipulé par le législateur, a appris la MAP auprès de la Juridiction de la famille de la capitale.

Le Centre Lalla Meryem pour enfants privés de famille de Rabat est l'une des plus importantes structures de ce genre au Maroc. Il accueille, à lui seul, quelque 240 bambins et 40 enfants handicapés et s'accapare entre 40 et 45 pc du système de la Kafala à l'échelle nationale, selon la Ligue marocaine de la protection de l'enfance.

Dès que leur corps se “désincarcère” d'un environnement des plus protecteurs et des plus tendres au sein duquel ils étaient dorlotés, nourris à leur faim et protégés durant neuf mois, ces nouveau-nés, dont le seul “tort” est de déroger à la règle du “biologiquement correct”, ne savent plus dorénavant à quel “sein” se vouer.

PARCOURS DU COMBATTANT

“Pour des raisons purement biologiques qui nous empêchent d'avoir une progéniture, mon époux et moi avons opté pour la Kafala. Mais, dès que nous avons entamé cette procédure, tout prête à convenir qu'il ne s'agissait nullement d'une tâche aisée, en raison de la complexité des formalités et des procédures administratives”, a confié à la MAP, Mme Amina K., femme au foyer.

Il s'agit d'un véritable parcours du combattant, néanmoins indispensable pour préserver ce système. Tout d'abord, il faut présenter les documents attestant de l'intégrité morale de l'adoptant et de sa solvabilité financière. Ensuite, il faut authentifier la “virginité” du casier judiciaire du couple. La juridiction compétente s'attelle, au terminal, à la vérification de la faculté des futurs “maman et papa” d'honorer un engagement auquel ils ont formellement souscrit.

Après l'accomplissement de l'ensemble des formalités nécessaires, les adoptants seront confrontés au moment de la vérité: l'établissement du livret d'état civil de l'enfant abandonné. C'est un “calvaire” à tous les égards, d'autant plus que cette procédure concerne plusieurs départements, dont celui de l'Intérieur et ultérieurement la Primature, a raconté Mme Amina, dans sa diatribe accusatrice qui ne lui laisse guère l'altérative tant espérée, celle susceptible de faire épargner à son enfant adoptif le supplice auquel il sera confronté au moment où il se rendra compte qu'il ne s'agissait point de ses parents biologiques.

“J'ai renoncé à mon droit naturel de procréation, mon époux étant dépourvu, et opté pour l'adoption qui était le meilleur choix de toute ma vie”, a affirmé Mme Amina, notant que la prise en charge des orphelins est l'une des recommandations les plus précieuses du Prophète Sidna Mohammed (PSSL): “Moi et le tuteur de l'orphelin nous seront au paradis, comme ceux-ci”. Et il montra Ses deux doigts: l'index et le majeur en les écartant. (Hadith).

EXTRAIT D'ACTE DE NAISSANCE “PARRICIDAIRE”

Alors que les tuteurs, après avoir défriché un chemin parsemé d'embûches tant nombreuses que diversifiées, s'apprêtent enfin à crier victoire au bout de leur quête confortée par l'attribution du nom de famille du père adoptif et d'un prénom à l'enfant, surgit, alors, le dilemme de l'établissement de l'extrait d'acte de naissance où sont radiés purement et simplement les prénoms des tuteurs.

Un nouveau défi de taille pour les tuteurs qui doivent repartir à la “conquête” des rouages et des coulisses des tribunaux dans le but de permettre à l'enfant adopté de s'offrir, à l'instar de ses semblables “normaux”, une place sous un ciel plus clément et dans une société où le profilage de descendance et le délit de faciès n'auraient plus droit de cité.

“Nous avons beau essayer, mais toutes nos tentatives ont été vouées à l'échec. En vertu de la loi, “Asmaâ Al Ouboudiya” sont les seuls et uniques prénoms devant figurer sur l'extrait d'acte de naissance de l'enfant devant la case réservée aux parents, essentiellement Abdellah et Meryem”, a-t-elle indiqué, précisant que c'est ce qui est, en tout cas, en vigueur au tribunal de première instance de Rabat.

LE DESTIN PREDESTINE

Certes, obéir à des contingences socio-religieuses liées à certains interdits et à des représentations enracinées depuis belle lurette dans la société et la conscience collective, qui discrimine et pénalise lourdement et l'adoptant et l'adoptif, est un fardeau pour les tuteurs qui se métamorphosent en Sisyphe pour élire domicile en bas de la montage.

La persistance des représentations subjectives sur l'enfant illégitime (né hors mariage), les attitudes évoquées parfois au niveau des juridictions compétentes et les retards dans le traitement à plusieurs strates administratives des dossiers de la Kafala sont autant d'incommodités devant lesquelles les potentiels tuteurs rechignent à s'aventurer dans une telle épopée abracadabrante.

“Il aura fallu deux ans pour que l'on puisse enfin attribuer notre nom de famille et un prénom à notre bébé qui est actuellement âgée de six ans. Mais, à chaque rentrée scolaire, nous souffrons le martyre lorsque son école exige un extrait d'acte de naissance en bonne et due forme. Nous craignons que celui dont nous disposions ne soit le déclic qui dévoilera l'identité +incriminée+ de notre enfant”, a déploré Mme Amina, craignant, avec des appréhensions relativement objectives, de voir l'avenir lui réserver d'autres chagrins, en particulier le choix de la manière la plus appropriée, du point de vue psychologique, d'annoncer à sa fille unique la vérité sur son origineà

D'ici là, et nonobstant les angoisses susceptibles de compromettre la persévérance des tuteurs effectifs et potentiels, la Kafala dénote d'un altruisme exceptionnel et d'une idylle qui perpétue l'aspect le plus beau d'une humanité généreuse, en parfaite harmonie avec les prescriptions de la sainte religion.

Elle demeure également le placement idoine de l'enfant abandonné, à cause de circonstances contraignantes, dans des structures d'accueil sures et propices à son épanouissement. Ce lieu, c'est immanquablement la famille, toute la famille et rien que la famille… adoptive soit-elle.


Outils personnels