2010.10.20 Maroc, Les procédures d'adoption relèvent d'un calvaire

(Afrique en ligne) Rabat, Maroc - Quelque 130 enfants en moyenne sont adoptés chaque année dans la région de Rabat (capitale du Maroc), par des couples marocains, mais les étrangers candidats à cette Kefala (prise en charge) sont contraints par le législateur marocain à se convertir à l'Islam, en plus d'autres procédures draconiennes, a confirmé à la PANA la Juridiction de la famille de la capitale chérifienne.

Pour des raisons purement biologiques qui les empêchent d'avoir une progéniture, la plupart des candidats, Marocains et étrangers confondus, sont souvent confrontés à la complexité des formalités et procédures administratives auxquelles il convient de souscrire, pour prendre en charge un des nouveau-nés, dont le seul tort aura été d'avoir dérogé à la règle du 'biologiquement correct', au point de ne plus savoir dorénavant à quel sein s'aggriper.

'Ben X', c'est le le nom complet que l'on attribue à ces bébés abandonnés sur des lieux publics, dans des hôpitaux et centres d'accueil, et livrés au destin cruel avec lequel ils doivent pactiser, ainsi qu'à une existence incertaine et une société méfiante qu'ils doivent braver pour se faire une place au soleil.

Dépourvus de généalogie biologique 'légitime', ces bébés sont généralement accueillis dans des structures appelées 'centres pour enfants privés de famille', avant que certains d'entre eux, en majorité de sexe féminin, n'aient la chance d'être adoptés, dans le cadre de cette Kafala.

Le Centre Lalla Meryem pour enfants privés de famille de Rabat est l'une des plus importantes structures de ce genre au Maroc. Il accueille à lui seul, quelque 240 nouveau-nés et 40 enfants handicapés et s'accapare entre 40 et 45% du système de la Kafala à l'échelle nationale, selon la Ligue marocaine de la protection de l'enfance.

Cependant, du Centre Lalla Meryem au foyer du mécène qui compte offrir un nom, la chaleur familiale et un avenir à l'un de ces enfants, se déroulent des exigences administratives auxquelles Mme Amina K., femme marocaine au foyer a dû amèrement se ployer.

'J'ai renoncé à mon droit naturel de procréation mon époux étant dépourvu, et opté pour l'adoption qui était le meilleur choix de toute ma vie', a affirmé Mme Amina, se fondant sur le fait que la prise en charge des orphelins est l'une des recommandations les plus précieuses du Prophète Sidna Mohammed dont le hadith stipule : 'moi et le tuteur de l'orphelin, nous serons au paradis, comme ceux-ci', en montrant l'index et le majeur écartés.

Certes, les procédures de la Kefala prennent au Maroc l'allure d'un véritable parcours du combattant, néanmoins indispensable pour préserver ce système d'adoption. Tout d'abord, il faut présenter les documents attestant de l'intégrité morale du futur tuteur, ainsi que de sa solvabilité financière, ensuite, authentifier la 'virginité' du casier judiciaire du couple. Au finish, la juridiction compétente s'attelle à la vérification de la faculté des futurs 'maman et papa' d'honorer un engagement auquel ils auront formellement souscrit.

Après l'accomplissement de l'ensemble des formalités nécessaires, les candidats à l'adoption d'un enfant abandonné seront confrontés au moment de la vérité, celui de l'établissement du livret d'état civil de l'enfant abandonné.

'C'est un calvaire à tous les égards, d'autant plus que cette procédure concerne plusieurs départements ministériels dont celui de l'Intérieur et ultérieurement la Primature', raconte Mme Amina K, à qui le système ne laisse aucune altérative d'épargner à son enfant adoptif le supplice auquel il sera confronté au moment où il se rendra compte qu'il ne s'agissait point de ses parents biologiques.

Alors que les tuteurs s'apprêtent enfin à crier victoire à l'approche de l'attribution du nom de famille du père adoptif et d'un prénom à l'enfant, surgit alors un ultime couac dans l'établissement de l'extrait d'acte de naissance sur lequel sont radiés purement et simplement les prénoms des tuteurs.

Pour faire corriger cette 'omission', il a fallu pour les tuteurs de repartir à la 'conquête' des rouages et coulisses des tribunaux. 'Nous avons beau essayer, mais toutes nos tentatives ont été vouées à l'échec. En vertu de la loi, 'Asmaâ Al Ouboudiya' sont les seuls et uniques prénoms devant figurer sur l'extrait d'acte de naissance de l'enfant devant la case réservée aux parents, Abdellah et Meryem, prénoms des nouveaux parents de l'enfant étant interdits d'inscription sur l'extrait de naissance, sur décision du tribunal de première instance de Rabat.

Les contingences socio-religieuses liées à certains interdits et à des représentations enracinées depuis belle lurette dans la société et la conscience collective marocaines sont passées par là, pénalisant lourdement à la fois l'adoptant et l'adoptif.

'Il aura fallu deux ans pour que l'on puisse enfin attribuer notre nom de famille et un prénom à notre bébé qui est actuellement âgée de six ans. Mais, à chaque rentrée scolaire, nous souffrons le martyre lorsque son école exige un extrait d'acte de naissance en bonne et due forme', déplore Mme Amina qui redoute le moment où l'extrait de naissance contribuera à démentir l'identité qu'elle prête à 'sa' fille, sans pouvoir toutefois l'éclairer sur sa véritable origine.


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