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2010.10.22 Vers une reprise des adoptions en Haïti

source : lefigaro.fr

Par Delphine Chayet

Avant le séisme, l'île était le premier pays d'origine des enfants accueillis par des familles françaises.

Neuf mois après le tremblement de terre qui a dévasté Haïti, l'Agence française de l'adoption (AFA) milite pour une reprise des procédures dans ce pays dès le 1er janvier prochain. «Après plusieurs mois de travail sur l'île, nous serons prêts à ouvrir, à cette date, les premiers dossiers postséisme», indique Yves Nicolin, député (UMP) et président de ce groupement d'intérêt public, qui entend désormais faire pression sur le ministère des Affaires étrangères pour obtenir son feu vert. Dotée de 3,2 millions d'euros par an, l'AFA est le principal organisme agréé en France.

Le Quai d'Orsay se montre prudent. «Il ne pourra y avoir de reprise de l'adoption en Haïti que si les règles changent en profondeur », explique Jean-Paul Monchau, ambassadeur chargé de l'adoption internationale. La France attend notamment du gouvernement haïtien qu'il signe la convention de La Haye de 1993.

Pour les familles adoptantes, l'enjeu est de taille. Avant le séisme, Haïti était en effet le premier pays d'origine des enfants adoptés en France. 651 petits Haïtiens ont été remis à desfamilles françaises en 2008. Or environ deux tiers de ces enfants ont été adoptés dans le cadre de procédures individuelles, qui seront interdites lorsque Haïti aura fait sienne la réglementation internationale.

«À terme, seuls les dossiers des parents qui seront pris en charge par un organisme agréé seront recevables», résume Yves Nicolin, de retour d'une visite à Port-au-Prince. L'Agence française de l'adoption, qui n'était pas implantée en Haïti avant le tremblement de terre, aura donc un rôle crucial à y jouer. Elle a ouvert un bureau sur place en juin dernier. «Nous avons visité et évalué les 50 crèches qui accueillent des orphelins en Haïti, relate Yves Nicolin. Certaines ne sont pas sérieuses. D'autres devront encore évoluer pour améliorer la nutrition des enfants, les soins ou la formation des nourrices.» Un protocole de travail a d'ores et déjà pu être signé avec cinq orphelinats. L'agence se dit ainsi «capable d'amorcer 200 à 250 dossiers» dès 2011. Douze autres organismes agréés sont présents sur l'île.

Mettre fin aux dérives
L'attente des familles adoptantes est immense, la suspension de l'adoption en Haïti en janvier 2009 ayant encore accru le nombre de candidats français. «On nous interroge tous les jours sur une éventuelle réouverture», indique Yves Nicolin. Conscient de cette pression, le ministère des Affaires étrangères table sur une reprise de l'adoption début 2011. Mais il s'agit de mettre cette période à profit pour en finir avec les dérives passées. «L'adoption en Haïti a trop souvent donné lieu à des pratiques financières inacceptables, confie-t-on au cabinet du ministre. Une sécurisation est nécessaire dans l'intérêt des enfants, mais aussi des parents adoptants». Un texte durcissant les règles a été adopté par l'Assemblée nationale haïtienne en mai et pourrait être approuvé par le Sénat en février.

En attendant, une signature de la convention de La Haye serait interprétée par la France comme un «signal fort», susceptible d'enclencher une reprise de l'adoption.


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