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2010.10.27 Clarisse Neuder se bat pour les orphelins d'Haïti

(Ouest-France) L'enseignante vannetaise multiplie les démarches pour que les 350 enfants haïtiens, en cours d'adoptionpar des Français, rejoignent au plus vite l'Hexagone. Il y a urgence : la menace du choléra est réelle. L'histoire

Maudeline est un petit bout de femme de 9 ans et demi. Elle est née en Haïti. Orpheline, elle a grandi à Port-au-Prince durant les premières années de sa vie.

Du terrible tremblement de terre du 12 janvier, elle garde forcément de nombreux souvenirs en mémoire : les sans-abri regroupés dans des camps de fortune, les gravats, les corps retirés des décombres, la foule des humanitaires…

La crèche, qui l'hébergeait depuis six années, a longtemps servi de centre de santé. La fillette y a donc croisé des blessés, des morts et des habitants venant reconnaître des cadavres. Des images insoutenables pour des adultes. Encore plus pour des enfants.

Deux frères et une soeur

Depuis un mois, Maudeline vit à Vannes, chez sa nouvelle maman Clarisse Neuder, une prof d'anglais au lycée Saint-Paul. Elle a vite trouvé sa place dans la famille, au milieu de ses deux frères et de sa soeur, dont Gaultier, 5 ans, lui aussi Haïtien, arrivé en 2006.

Scolarisée au Sacré-coeur en classe de CE1, Maudeline a été accueillie comme une princesse par les autres élèves. Elle était très attendue. Son atterrissage en Morbihan s'est donc bien passé, malgré quelques problèmes médicaux et pas mal de cauchemars la nuit…

La demoiselle recommence, petit à petit, à parler de son pays d'origine. Ses mots l'aident à évacuer les souffrances qu'elle a endurées. Sa maman n'élude aucune de ses questions, et lui montre les reportages à la télé, traitant principalement de la pandémie de choléra qui envahit Haïti en ce moment.

Pas d'assainissement

« Je suis partie chercher Maudeline le 23 août, après des mois d'attente. La situation est terrible. Les tentes ont fait leur vie. La reconstruction n'a pas démarré. Les travaux se font à la brouette. Où sont passés les dons ? Il y a ni assainissement, ni organisation médicale et beaucoup d'insécurité. »

Pour Clarisse Neuder, la catastrophe sanitaire actuelle est bien pire que l'après séisme. « En France, une épidémie de choléra entraînerait la mort d'1 % de la population environ. Dans un pays dévasté, c'est 50 % de mortalité, estiment les professionnels de santé. »

Avec son association Terre des montagnes, l'enseignante vannetaise récolte des dons pour acheter, puis envoyer sur place antibiotiques, savons, pastilles de Javel…, afin de tenter de stopper l'épidémie. Elle prévoit de retourner en Haïti dans le courant de l'année prochaine.

Une lettre à l'Élysée

Ce combat contre la maladie n'est pas le seul mené par Clarisse Neuder. Elle se bat également pour que les 350 enfants haïtiens, en cours d'adoption par des Français, rejoignent rapidement l'Hexagone. « À ce jour, Haïti n'a toujours pas les moyens d'accélérer les procédures. Mais le gouvernement français ne fait rien, non plus, de son côté pour les diligenter. »

Pour elle, ce rapatriement des bambins en France est impératif « par nécessité sanitaire. Six sont déjà décédés depuis le tremblement de terre par manque de soins et de formation des nounous ! Cela suffit ! Pleine d'énergie, je vais me battre pour ces enfants là-bas. »

Avec d'autres parents, Clarisse Neuder compte adresser un courrier à Nicolas Sarkozy. « Si un enfant meurt du choléra, écrit-elle, la responsabilité de la France sera engagée. Parce que la catastrophe est annoncée et parce que dès janvier, le président haïtien Préval avait demandé de protéger ces enfants en les évacuant. » Les autres États l'ont fait. Pas la France !


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