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2010.11.04 Des familles attendent toujours l'arrivée de leur enfant adopté en Haïti

source : lavoixdunord.fr
PAR ANNE COURTEL

DIX MOIS APRÈS LE SÉISME
Lucenthia, deux ans, et Olfrid, trois ans, sont toujours en Haïti. Dix mois après le tremblement de terre, ces deux enfants, en cours d'adoption par des familles nordistes, attendent leur passeport et leur visa pour venir en France… comme trois cent cinquante autres bambins. Les familles déplorent l'inertie de la France.

Dans le salon de Claire et Pascal Fouquet, à Roubaix, un tableau est constellé de sourires d'Olfrid. Un peu de joie dans un ciel d'angoisse. « Depuis dix mois, on vit les choses au conditionnel. Un coup c'est oui, un coup c'est non. Mais globalement, surtout, nous n'avons aucu- ne nouvelle de l'avancement de notre dossier. » Le 12 janvier, lors du tremblement de terre à Haïti, Claire et Pascal savent depuis trois semaines qu'ils vont adopter un petit garçon. Il s'appelle Olfrid, il vit dans un orphelinat de Port-au-Prince. « Nous avions adopté une petite fille, Judeline, qui était arrivée chez nous en décembre 2007. Nous savions que c'était long, et là nous étions au début de la procédure. La pire des situations. » Dans les premières heures, la famille obtient des nouvelles d'Olfrid, dont la crèche a survécu au séisme. « On a eu de la chance.

» L'angoisse ne se tarit pas pour autant. « Nous savions que les conditions de vie étaient très difficiles. Les enfants devaient dormir sous les tentes. Nous avons fait des dons pour qu'ils aient un abri et des médicaments. » Mais le dossier d'adoption a disparu dans les décombres et la France rechigne à rapatrier tous les enfants. « Alors que tous les pays, du Canada à l'Espagne, ont rapatrié leurs enfants. La France a traîné les pieds. Pourquoi ? » Les familles pointent le « traumatisme » de l'Arche de Zoé, mais aussi la mauvaise volonté française. « Ce ne sont pas des enfants volés.

Ils ont un dossier avec notre agrément. Ils sont recensés par le service des admissions internationales… Il leur manque juste un passeport et un visa pour les ramener en France. Or certains enfants ont pu être rapatriés sans ces documents parce que Haïti ne pouvait plus les prendre en charge. » À Roncq (près de Tourcoing), Corinne et Jérôme Klécha ressentent la même colère. Ils attendent Lucenthia, une jolie bouille qui va fêter ses deux ans. Mais faute de visa, la petite fille grandit dans l'orphelinat et parle à ses parents de temps en temps au téléphone. « L'administration française dit que c'est de la faute de l'État haïtien. Mais ce pays est ravagé et a besoin d'être aidé. Et puis le président Preval avait pourtant demandé à la France de protéger ces enfants en les évacuant dans les plus brefs délais. »

Choléra, cyclone et élection

La France a affrété quelques vols avant d'arrêter en avril. Aujour- d'hui, trois cent cinquante enfants vivent encore dans les décombres du pays. Et l'angoisse des familles ne s'est pas apaisée. Dans le chaos est né le choléra. « On savait dès mai qu'il y avait un risque de choléra. Cela n'a pas accéléré les choses pour autant », déplore Claire Fouquet.

Et la maladie n'est malheureusement pas la seule menace : une tempête tropicale est annoncée, et l'élection présidentielle de décembre risque de plonger le pays dans l'instabilité. « Et toute l'administration risque d'être gelée », soupire Jérôme Klécha.

Soutenues au moment du séisme, les familles se sentent aujourd'hui délaissées. « On n'intéresse plus personne ! Mais on ne lâchera pas.

» Elles se soutiennent au sein du collectif SOS Haïti.

Et à Roubaix comme à Roncq, les familles reçoivent toujours des photos de bambins qui sourient malgré tout. Elles espèrent sans trop y croire que ces enfants seront là à Noël.

ZOOM

• Aucune évacuation prévue

Avant le 12 janvier, Haïti était le premier pays d'origine des enfants adoptés en France : 914 enfants se trouvaient en procédure d'adoption, à différentes étapes du processus, lors du séisme ; 350 enfants attendent toujours de venir en France.

Le 28 octobre, le collectif SOS Haïti a été reçu par un représentant du ministère. Pour l'État français, il n'y a pas urgence à rapatrier les enfants face à l'épidémie de choléra. « La France se prépare en s'assurant que tous puissent être soignés sur place. Aucune évacuation n'est donc prévue, ni à prévoir. Le service des admissions internationales et le ministère des Affaires étrangères veilleront à ce que les enfants, comme les ressortissants, puissent accéder aux soins et donc peuvent donner l'assurance que les enfants sont hors de danger mortel quoi que devienne l'épidémie. Les parents ne doivent pas avoir d'inquiétude démesurée. » Les familles restent méfiantes : depuis le séisme, six enfants, attendus par des familles françaises, sont décédés.


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