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2010.12.09 Arche de Zoé: Péligat « laver son honneur »

source : www.marianne2.fr
Marie Huret

L’Arche de Zoé, vous vous rappelez ? L'un des six membres de cette pseudo-association humanitaire a comparu mercredi 8 décembre au matin à la cour d’Appel de Paris : Alain Péligat, tignasse blonde, gilet de rocker, est le seul de la bande des zozos de l’humanitaire à contester sa condamnation par la cour criminelle de N’Djamena à huit ans de travaux forcés avant la grâce du président tchadien en 2008. Récit de l’audience.

Le juge étouffe un bâillement. Les affaires de voitures volées et de trafic de stup défilent ce matin du 8 décembre devant la cour d’Appel de Paris. Sur les bancs déserts, un couple enlacé, le docteur Van Winkelberg et son épouse, venus soutenir leur camarade Alain Péligat, l’un des six membres de l’Arche de Zoé, l’association accusée d’avoir tenté d’exfiltrer 103 vrais faux orphelins du Darfour, le plus gros fiasco humanitaire survenu au Tchad en 2007.

Il n’a pas changé, Péligat. Même tignasse blonde, même gueule de dur aux yeux tendres. Son tour arrive. Le gaillard s’approche de la barre près de son avocat Me Miravete. Une bataille technique les unit, et plus que ça, Péligat est ici pour « laver son honneur » : le logisticien est le seul membre de Zoé à avoir fait appel de sa condamnation par la cour Criminelle de N’Djamena à huit ans de travaux forcés, le 26 décembre 2007. Transférés en France, la bande d’apprentis humanitaires menée par le pompier allumé, Eric Breteau, qui se rêvait en héros à la Kouchner sans frontières, avaient vu leur peine convertie en France à huit ans de prison par le tribunal de Créteil en 2008, avant d’être finalement graciés par le Président tchadien, Idriss Deby, et donc remis en liberté.

Mais la peine, elle, figure toujours sur leur casier judiciaire et dans leur tête. Appelé comme témoin, Philippe Van Winkelberg, médecin généraliste de Castellane, a livré sa vérité, par bribe, sur leur expédition rocambolesque. Les mains posées sur la barre, il affirme : non, il ne savait pas que les enfants n’étaient pas de vrais orphelins. Il n’était pas chargé de vérifier l’état civil des enfants. Il était médecin, il soignait. Des avocats français avaient validé leur mission au Tchad, affirmant sa légalité. « J’ai été accusé d’avoir enlevé des enfants alors que je suis parti faire de l’humanitaire ! »

Alain Péligat crie au déni de justice

Main sur l’oreille gauche, son comparse Péligat se concentre – il dit avoir perdu l’usage d’un tympan à la suite des coups de crosse infligés par des gardes tchadiens. Lui aussi crie au « déni de justice ». Au village d’Abéché, où les enfants étaient accueillis par l’Arche de Zoé, Péligat s’occupait de la logistique, de l’eau et de l’électricité. Les orphelins étaient-ils vraiment des orphelins ? Du Darfour ? Du Tchad ? Du Soudan ? Impossible de le dire. « Ce qui est sûr, raconte Péligat, c’est qu’il y a eu toute une mise en scène au moment de leurs retrouvailles à la télé avec leurs parents supposés. » Selon Péligat, le procès au Tchad n’a été qu’une « immense mascarade ». Sur ses procès-verbaux, écrits au crayon de papier et rectifiables à la gomme, Péligat signait « Duchmol » en guise de protestation.

Son avocat, Me Simon Miravete dénonce des vices de procédure s’appuyant sur la convention européenne des droits de l’homme : « C’est le parquet qui a décidé de placer en détention les six membres de l’arche de Zoé à leur retour, il y a là un vide juridique manifeste. » De son côté, l’Avocat général déplore les « dégâts considérables » causés par l’association et précise, sur le fond, que la justice française n’avait d’autre choix que « l’exécution d’une décision de justice ».

La décision sera rendue le 19 janvier. Mais un nouveau procès, prévu en France en 2011, attend les six membres de l’Arche de Zoé, pour « escroquerie », « aide à l’entrée et au séjour irrégulier de mineurs étrangers » et « exercice illégal de l’activité d’intermédiaire en vue d’adoption ». Les deux amis Alain Péligat et Philippe Van Winkelberg seront donc rejugés, mais seulement sur le volet immigration illégale.


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