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2010.12.22 La maladie de l'adoption c'est la maladie du chamboulement

Romandie news) PARIS - “La maladie de l'adoption, c'est la maladie du chamboulement”, prévient le pédiatre Jean-Vital de Monléon, conseillant aux parents qui viennent d'accueillir un petit Haïtien de “faire l'escargot” pendant quelques temps au sein de la coquille familiale.

Le Dr de Monléon a fondé en 1999 au CHU de Dijon la Consultation d'Adoption Outremer qui a déjà reçu une centaine de petits Haïtiens arrivés en France depuis le séisme du 12 janvier.

Q : Les circonstances de ces adoptions sont-elles un problème ?

R : “La maladie de l'adoption c'est la maladie du chamboulement. Et là le chamboulement est encore plus fort avec le séisme et toutes ses conséquences.

Pour beaucoup de familles, l'arrivée des enfants est un soulagement. Il faut voir clairement que ces enfants étaient en danger en Haïti. C'est sûr que tout le monde aurait préféré qu'ils puissent être préparés à l'adoption dans de bonnes conditions, ce qui n'était pas le cas avant le séisme et l'est encore moins maintenant. Entre deux maux, il faut choisir le moindre.

Avant ou après le séisme, il y a des adoptions qui se passent mal, soit parce que l'enfant n'est pas prêt pour être adopté parce qu'il a vécu des choses trop difficiles, soit parce que des parents, même s'ils ont obtenu un agrément, ne sont pas faits pour adopter. Il y a enfin les erreurs de cigogne, l'amalgame qui n'arrive pas à se faire entre tels parents et tel enfant”.

Q : A quelles difficultés doivent s'attendre les parents ?

R : “Les enfants dits du séisme que j'ai déjà vus étaient un peu plus sidérés les premiers jours que les enfants que je vois d'habitude. Ils étaient un peu sidérés par ces chamboulements, toute cette accélération. Mais j'ai pu constaté que très vite ça se passait bien dans leur famille adoptive.

Globalement, sur le plan psychologique, je n'ai pas vu beaucoup de différences entre les enfants du séisme et les autres.

Où cela se passe plus mal, c'est au niveau sanitaire proprement dit. Le taux de gale, de teigne, de tuberculose a explosé. Et ce sont des maladies dont les médecins français n'ont plus du tout l'habitude. Tous les enfants qui arrivent après le séisme ont plein de parasites intestinaux. Certains souffrent de dénutrition”.

Q : Quels conseils donnez-vous aux parents ?

R : “Chaque cas est particulier, mais on peut conseiller beaucoup de patience avec les enfants.

Ce sont des parents qui depuis un an se battent, sont dans le militantisme, il faut maintenant qu'ils oublient tout ça et profitent à fond de leur enfant. Ils doivent cocooner, passer beaucoup de temps en famille. Ce premier Noël doit être passé tranquillement, dans la petite cellule familiale, sans être envahi par les amis, les connaissances.

L'idée, c'est de faire l'escargot, rentrer dans sa coquille pendant quelques semaines, mais ne pas hésiter à se faire aider par des gens qui ont de l'expérience, associations et consultations spécialisées.

(propos recueillis par Véronique Martinache)


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