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2011.01.04 Suisse - De plus en plus dur d’adopter

(Le Matin) Les adoptions internationales ont chuté de moitié en Suisse en dix ans. Faute d’enfants

L’arrivée la semaine dernière de 200 enfants haïtiens en vue d’adoption en France a suscité la polémique quant à la procédure juridique exceptionnelle qui a permis leur transfert, retardé à la suite du tremblement de terre du 12 janvier 2010. A mi-décembre, les autorités françaises et haïtiennes avaient conclu un accord réglant le voyage de 318 enfants vers des familles du continent.

Si la France, année après année, est un pays qui accueille des centaines de petits Haïtiens, la Suisse affiche beaucoup plus de retenue envers ce pays, non-signataire de la Convention de La Haye de 1993 qui lutte contre les abus de l’adoption. Le séisme n’a pas changé sa politique. Toutefois, une petite dizaine d’Haïtiens sont adoptés chaque année en Suisse. Ce chiffre est tombé à quatre en 2008.

Cette évolution ponctuelle est symptomatique d’un phénomène plus profond qui touche les statistiques helvétiques. En dix ans, l’adoption internationale a chuté de moitié: 623 à 323 cas par année. «Cela a diminué d’une manière conséquente depuis 2005», précise Marlène Hofstetter, responsable de la section adoption à Terre des hommes.

Déséquilibre du marché

Plusieurs facteurs expliquent l’accélération soudaine de la baisse: les pays habituellement fournisseurs, comme le Brésil, l’Inde ou la Colombie, disposent aujourd’hui d’une meilleure organisation. Les enfants potentiellement adoptables restent dans leur pays. «Il y a moins d’enfants dans les institutions visant l’adoption internationale. En outre, certains pays, comme l’Inde, ont vu l’émergence d’une classe moyenne, des gens bien formés, qui peuvent dorénavant adopter

Président de l’association espace-adoption à Genève, Frédéric Naville résume le déséquilibre du marché: «Sur le plan international, il y a davantage de parents en recherche d’enfants, que d’enfants qui cherchent des parents. On peut assez facilement faire les démarches en vue d’obtenir l’agrément pour adopter. Ensuite, il faut être conscient que tout le monde ne trouvera pas l’enfant souhaité.»

D’autres estiment que la loi suisse, qui date de 2003, est trop restrictive. La conseillère neuchâteloise Francine John-Calame a déposé une initiative parlementaire pour assouplir le droit. Elle estime que l’obligation d’avoir 5 ans de mariage pour un couple ou au minimum 35 ans pour les deux parents, discriminent les Suisses par rapport à la France (28 ans) ou à l’Allemagne (25 ans). «Au moment où un couple sur deux divorce, le mariage n’est plus un modèle de stabilité, relève-t-elle. Quant à l’âge de 35 ans, ceux qui veulent faire adopter un enfant donnent plutôt la préférence à des parents plus jeunes. Donc dans les pays voisins.»

Pas de bébés

Mais cet assouplissement ne changera pas grand-chose au problème de la pénurie. Michel Gillard, vice-président de l’association adopte.ch, observe cette baisse qu’il qualifie de «dramatique»: «Il y a des demandes non satisfaites et des gens renoncent. Les demandeurs doivent faire face aussi à des politiques nationales qui peuvent changer du jour au lendemain.»

Il y a donc moins d’enfants et, surtout, ils n’ont plus le même profil. «Les gens qui s’informent comprennent que cela devient de plus en plus difficile d’avoir un enfant «parfait» en bas âge, relève Marlène Hofstetter. Ils sont plus âgés, de 4 à 6 ans.» Souvent, ce sont des «enfants à difficultés particulières, selon Frédéric Naville, avec des problèmes de santé ou alors des fratries plus difficiles à accueillir. Des enfants de 3 ou 4 mois en bonne santé, cela ne se trouve plus. C’est important que les parents se renseignent bien avant de songer à l’adoption internationale.»

Du côté de Terre des hommes ou des associations de parents adoptifs, on insiste ainsi beaucoup aujourd’hui sur la préparation des couples. L’aventure peut être longue et le succès n’est pas forcément au rendez-vous. Et Marlène Hofstetter d’ajouter: «L’adoption d’un enfant n’est pas un droit et c’est tant mieux si les enfants trouvent des parents dans leur pays d’origine. Il est évident que de plus en plus de demandes ne peuvent pas être satisfaites, ce qui crée la polémique en France, justement. On estime qu’environ 30 000 couples ou personnes seules ont un agrément en France mais ne trouvent pas d’enfant adoptable.»


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