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2011.01.08 Haïti - adopter un enfant, adopter un pays

(Le Soleil via Cyberpresse) (Québec) En entrant dans la maison de Julie Légaré à Grondines dans Portneuf, on est bien loin des décombres de Port-au-Prince. Loin aussi de la crèche où Lisa, sa fille adoptive, se trouvait au moment où a frappé le terrible tremblement de terre il y aura un an mercredi. Pourtant, Haïti est partout et en écoutant Julie Légaré, on réalise rapidement qu'elle a non seulement adopté une enfant, mais aussi tout un pays.

«J'ai besoin de faire quelque chose pour Haïti. Il ne faut pas qu'on oublie», lance la jeune femme en entrevue dans la maison familiale. Une maison toutefois privée de la présence de son conjoint, Pascal Croteau. Militaire comme elle, il est parti en mission en Afghanistan depuis le 11 novembre.

Arrivée d'une petite Haïtienne, départ de son chum au bout du monde. «Disons que j'ai eu une grosse année», laisse tomber Julie Légaré dans une phrase qui tient de l'euphémisme.

À deux pas de là, l'adorable Lisa, trois ans et demi, rit tout le temps. Pendant la visite du Soleil, elle prête ses crayons à la journaliste, rigole avec le photographe autour de son jouet préféré, une maison en carton. L'image est forte : un abri, comme celui dont ont encore besoin des centaines de milliers d'Haïtiens depuis le séisme du 12 janvier 2010. Ce tremblement de terre, les parents de Lisa l'ont vécu comme un coup en plein coeur.

Depuis deux ans, les procédures pour adopter la petite allaient bon train. Le couple avait espoir d'enfin la serrer dans leurs bras fin janvier 2010. Mais le séisme a frappé, semant la désolation et l'inquiétude. Pendant des jours, Julie Légaré et Pascal Croteau n'ont pas de nouvelles de la crèche où logeait Lisa. Avec le séisme, toutes les structures administratives haïtiennes foutent le camp, les papiers officiels sont introuvables, les procédures d'adoption suspendues. Mme Légaré et M. Croteau ont alors peur de devoir tout reprendre à zéro, peur des délais, voire peur que la petite ne soit donnée en adoption à un autre couple.

Parents exaspérés

Pendant une dizaine de jours, le Secrétariat québécois à l'adoption internationale tente de rassurer les parents en attente d'enfants haïtiens. On promet de rapatrier quelque 200 bambins dont les dossiers, déjà avancés, ont été accélérés par les autorités canadiennes et haïtiennes. Soulagement. Mais le 22 janvier, nouveau rebondissement : Ottawa annonce que les représentants d'organismes d'adoption accrédités par le gouvernement, comme Soleil des Nations, ne seront pas du voyage. Une décision que Julie Légaré et Pascal Croteau jugent inconcevable. Ce sont eux qui connaissent les enfants et les crèches, ils doivent être sur le terrain, estime le couple.

Dans la soirée, aux grands maux les grands remèdes : impatients, déçus, Julie Légaré et Pascal Croteau font fi du mot d'ordre des autorités, achètent un billet d'avion pour la République dominicaine et vont eux-mêmes chercher leur fille. En pleine nuit, ils partent avec Ginette Gauvreau, responsable de Soleil des Nations. «Arrivés là-bas, on a fait huit heures de taxi, une facture de 700 $US!» se remémore Mme Légaré.

Avec le recul, elle reconnaît que le couple a été audacieux. Mais le risque, dit-elle, était calculé pour ces militaires, habitués à voyager et à se débrouiller dans toutes les situations. «C'était la réaction de parents exaspérés d'attendre», lance-t-elle. Et la récompense pour leur audace aura été d'apercevoir la petite Lisa qu'ils ont reconnue immédiatement. Elle était minuscule en comparaison avec la belle puce qui joue devant nous un an plus tard. «La première fois, je l'ai vue 10 minutes, le temps de prendre une photo pour le visa. Elle avait les jambes grosses de même», illustre Mme Légaré, en montrant son petit doigt.

Démarches administratives

Sur place à Port-au-Prince, le couple et Ginette Gauvreau ont finalisé les démarches administratives de Lisa et d'une quarantaine d'enfants adoptés au Québec. Le mercredi 27 janvier, ils revenaient à Ottawa dans un avion à bord duquel prenaient place 54 enfants haïtiens.«J'avais ma fille dans les bras, je me disais qu'on a été chanceux», dit Julie Légaré.

Depuis, la nouvelle maman est comblée avec sa petite Lisa. «C'est vraiment super. Pour moi, l'adoption internationale, c'est un rêve de jeunesse.» Après un congé parental de huit mois, elle a ajouté un an de congé sans solde des Forces armées canadiennes. Le temps de permettre à Lisa de bien s'adapter. «Ses besoins ne sont pas seulement d'être en sécurité, de bien manger ou de bien dormir, c'est beaucoup sur le plan psychologique et affectif», explique-t-elle. «Dans la crèche, ils apprennent souvent à se consoler tout seuls. Là, il faut travailler sur le lien d'attachement», poursuit celle qui reconnaît qu'entre son aventure dans le chaos de Port-au-Prince et la quiétude de Grondines, il y a eu tout un contraste. «Après avoir été là-bas, disons qu'il a été difficile de faire baisser l'adrénaline et de jouer aux blocs et au ballon», illustre Mme Légaré.

Les défis d'un pays

Mais les défis ne sont pas terminés pour autant. Comme tous les enfants haïtiens adoptés, Lisa a donc encore beaucoup à apprendre de sa nouvelle vie. Et le pays dont elle est originaire aussi. Avec une reconstruction qui peine à se concrétiser, le choléra et le désordre qui règne toujours, la situation d'Haïti inquiète. Mais Julie Légaré a bien l'intention de contribuer à apporter un peu de lumière. «On pourrait être désabusé devant tout ce qui arrive. Ce serait facile de céder quand on voit qu'il ne se passe rien, mais il ne faut pas», dit-elle.

Même si les procédures d'adoption sont toujours suspendues, Mme Légaré investit du temps et s'implique comme responsable du parrainage au sein de l'organisme Soleil des Nations (voir le texte ci-contre). Celle qui admet être découragée devant les grandes campagnes de dons et les sommes promises dont les Haïtiens n'ont toujours pas vu la couleur préfère maintenant se concentrer sur des petites actions, de l'aide à une école, à un refuge de jeunes filles, etc.

À long terme, elle aimerait retourner en Haïti pour faire une différence sur le terrain.

Pour Lisa, il est évidemment trop tôt pour penser visiter son pays natal. Un jour, peut-être. Pour l'instant, ses parents aimeraient toutefois l'emmener en voyage, mais, seule ombre au tableau, Immigration Canada tarde à lui délivrer une carte de résidente permanente, déplore Julie Légaré.

«Ça prend du temps. On voulait aller à Cuba pendant les vacances de mon conjoint, à la fin janvier, mais ce ne sera pas possible. On va aller dans la réserve faunique de Portneuf à la place.»

Qu'en pense Lisa, toujours souriante en sortant de sa petite maison de carton? «Elle, rien ne la dérange, rigole sa mère. Elle tripe solide!»


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