2011.01.28 Au Brésil, la race reste le principal critère d’adoption

(Mediapart) C’est bien connu, le racisme n’existe pas au Brésil. Tout nouvel arrivant a droit à son couplet sur le pays du melting-pot réussi, où une légendaire cordialité, dont le mythe est soigneusement entretenu par les élites, parvient à faire oublier que c’est un des derniers pays du monde à avoir aboli l’esclave (il y a 120 ans), et ce sous une contrainte mercantile des principaux pays alliés, notamment l’Angleterre. C’est cette absence déclarée de racisme qui permet à une bonne partie des Brésiliens de s’opposer à toute politique de discrimination positive, comme celles que Lula a favorisé, notamment dans les universités et certaines administrations. Passons sur les indicateurs sociaux, qui continuent à démontrer une corrélation très forte entre pauvreté, illettrisme, mauvaise santé, absence d’opportunité de travail et couleur de la peau plus noire. Une nouvelle statistique souligne qu’on ne naît vraiment pas égaux au Brésil – balayant le mythe de la seule différenciation sociale. Un gros tiers des couples en attente d’adoption (37%) déclarent, lors de leur enregistrement, qu’ils n’accepteront l’enfant que s’il est blanc. Cela continue à faire de la race le principal critère d’adoption. En face, seul 1,9% des couples exige un enfant noir, et 5,81% un enfant métis. A mesure qu’on va dans le sud du pays, l’exigence du blanc augmente : elle concerne plus de la moitié des couples de ces Etats. Selon les autorités, pourtant, la situation s’améliore. Sans avancer de chiffre, elles expliquent que le racisme est moindre. Une bonne moitié, (53%) ouvrirait leur bras à n’importe quel enfant. « Nous avons des couples qui veulent une petite fille blonde aux yeux bleus, mais après avoir visité les orphelinats, ils changent d’avis », explique au journal O Globo la juge André Pacha, de Petropolis, dans l’Etat de rio de Janeiro. « C’est que le profil blonde aux yeux bleus, ce n’est pas vraiment ce qu’on a dans les orphelinats », conclut-elle. L’étude de précise pas quelle est la proportion de couples acceptant des enfants souffrant d’une maladie. Parmi les enfants abandonnés, ils sont pourtant nombreux : près de 18%.

Lamia Oualalou


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