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2011.02.10 Québec - L’amour, pour survivre au crash

(La Nouvelle Union) Beaucoup de couples ne survivent pas à la perte d'un enfant. «Nous, on a eu la chance de s'avoir, l'un, l'autre», disent, ensemble, Marie-Hélène Carrier et Sylvain Vaillancourt, six ans après le décès de leur petite Emma Rose. Et leur vient tout de suite en bouche cette chanson de Ferland «Une chance qu'on s'a». «Jamais, on n'aurait pu se remettre, l'un sans l'autre après ce crash dans notre vie. Parce que la mort d'un enfant, c'est la mort de soi. Ce deuil, c’est comme des olympiques, une épreuve à laquelle on ne peut se préparer.»

La petite fille de 4 ans et demi est partie le matin du 12 mai 2004, en présence de son papa, dans un hôpital de Québec où elle avait été admise 11 jours plus tôt en raison d'une forte fièvre.

«Elle est morte pendant mon absence, alors que j'avais dû faire un aller-retour à Victoriaville. Comme si elle avait décidé de m'épargner le dur moment de son départ», raconte Marie-Hélène.

Rien ne laissait présager la disparition de la fillette.

Certes, depuis sa naissance, la condition de l'enfant avait causé bien du «tourment» à ses parents. Vingt-quatre heures après sa naissance, ils avaient appris que leur petite «étoile» (née le 25 décembre) avait un «souffle au cœur», une artère pulmonaire trop étroite.

Cette «anomalie» n'a toutefois jamais entravé son développement, ne l'a pas empêché de bouger, de jouer, de marcher, de courir. Régulièrement, les parents allaient à la rencontre de la cardiologue avec leur petite. Il était, chaque fois, question d'une opération au coeur, remise de trois mois en trois mois, parce que risquée pour la vie de l'enfant… et parce que sa condition pulmonaire et cardiaque commençait à présenter quelque amélioration.

Jusqu'à ce jour du 1er mai 2004. «Il neigeait ce jour-là!», se rappellera toujours Marie-Hélène. Emma Rose a du mal à marcher et elle a une forte fièvre. Rapidement, elle est hospitalisée à Québec où on lui administre des antibiotiques qui paraissent agir. Puis, contre toute attente, ce virus ou cette bactérie, on ne sait trop, perfore une de ses artères. Une hémorragie interne l’emporte.

Dans ses yeux, les siens

Les larmes aux yeux, Marie-Hélène raconte que pendant douze jours, Sylvain et elle avaient passé jour et nuit auprès de leur petite fille. «Elle était fiévreuse, mais elle jouait. On n’aurait jamais pensé qu’il s’agissait de ses derniers jours.» Lorsque le matin du 12 mai, Marie-Hélène est revenue à l’hôpital, qu’elle a vu la petite inanimée dans les bras de son papa, une seule phrase lui est venue à la bouche. «J’ai regardé Sylvain et je lui ai dit que je l’aimais. Et j’ai su tout de suite que jamais je ne le quitterais. Parce que j’aurais toujours besoin de ses yeux à lui pour voir les siens à elle.» Sur le chemin du deuil, dit Sylvain, beaucoup de couples se perdent. «Je pense que si on est toujours ensemble, c’est en raison de ce qu’on était déjà l’un pour l’autre avant. Dans la souffrance, chacun ne se retrouve pas toujours au même endroit, au même moment. Il y a des couples qui, sans le vouloir, s’éloignent l’un de l’autre, changent. C’est une façon de fuir.» Marie-Hélène ajoute que, jamais, on ne peut accepter la mort d’un enfant. «Si je pouvais, en appuyant sur un bouton, la faire revenir, je le ferais immédiatement.»

Souffrir ensemble

Ce que le couple a accepté, c’est de souffrir ensemble. «On souffre tous les deux de la même affaire, dit Marie-Hélène. Et on se donne mutuellement la permission de souffrir.»

Sylvain croit à la destinée. «On est tous de passage ici. Chaque enfant a son vécu. Emma Rose avait besoin de moins de temps pour se réaliser. Que reste-t-il de son bref passage? Ça a été un déchirement énorme que de la voir partir. Mais elle nous a transmis un amour inconditionnel. Sa mort, il ne faut pas la voir comme une fin, mais comme une continuité. Ne pas faire des efforts pour continuer, ça aurait été impensable pour nous, on aurait alors détruit l’héritage qu’elle nous avait laissé.»

C’est dans cet esprit de «continuité» qu’a rapidement germé, dans l’esprit et le cœur de Sylvain, cette idée de créer une fondation à la mémoire d’Emma Rose. «Moi, j’hésitais, parce que cette Fondation m’obligeait à parler publiquement d’Emma Rose», se rappelle Marie-Hélène.

«Emma Rose a été chanceuse d’avoir un foyer complet. Et c’est dans la continuité du senti, de l’amour et du don que je souhaitais cette fondation (Les Amies d’Emma Rose) pour venir en aide aux enfants qui ont eu moins de chance qu’Emma Rose.»

De l’amitié, de l’amour

Marie-Hélène, née à Warwick mais ayant grandi à Plessisville et Sylvain, né à Victoriaville, se sont rencontrés il y a tout juste 25 ans. Leurs passions, elle pour la danse, lui pour la sonorisation, ont été à l’origine de leur rencontre. À pied levé, le grand Sylvain (6 pieds 4 pouces!) a dépanné Marie-Hélène qui devait présenter le soir même le premier spectacle de danse de son école L’Entrechoc. Curieusement, la petite entreprise de Sylvain s’appelait Disco-choc. «J’étais hyper énervée… et lui d’un calme!» Il a fallu quelques années avant que Marie-Hélène et Sylvain forment un couple. Avant de travailler avec son père Fernand à la Vitrerie Vaillancourt, Sylvain a obtenu une maîtrise en technologies de l’éducation à l’Université Laval. La précarité de son emploi de chargé de cours l’a incité à choisir de revenir à Victoriaville, dans l’entreprise familiale. Jamais, cependant, il n’a renoncé au plaisir d’enseigner, le piano et le ski, toutes les fins de semaine depuis 21 ans au mont Sainte-Anne. Quant à Marie-Hélène, «fille de région», elle a choisi de quitter Montréal pour créer son école de danse. «C’était ma carrière d’abord et Sylvain avait respecté ce projet bâtir mon école avant d’avoir un enfant.» Au fil des rencontres, professionnelles, ils ont pris plaisir à être ensemble, à se découvrir des intérêts et des principes communs. «Elle me plaisait parce qu’elle est une boule d’énergie.» «Neveu d’Armand Vaillancourt, il adore les arts comme moi, la danse, la peinture. On est très différents, tant par la taille que par le tempérament. C’est par le dedans qu’on se ressemble et on l’a vu au moment de la mort d’Emma Rose.»

L’arrivée de Lilas Mai

Aujourd’hui, après une longue attente de cinq ans, s’étant mariés en toute vitesse devant le notaire (une exigence pour l’adoption), Marie-Hélène et Sylvain viennent tout juste d’accueillir dans leur foyer une mignonne fillette chinoise de deux ans. «On voulait former une famille, ça a toujours été notre projet de vie. Nous voulions une enfant qui a été abandonnée. Au fond, nous aussi avions besoin d’être adoptés.»

Elle s’appelle Lilas Mai, ce nom évoquant le printemps et la mémoire d’Emma Rose, partie en mai. «Comme une boucle qu’on vient de fermer.»

Fin novembre, les parents se sont envolés pour la Chine et en sont revenus avec leur petite «princesse chinoise» qui commence à dire «maman» et «papa».

L’adoption, c’était une autre façon pour le couple de continuer à «bâtir».

Marie-Hélène et Sylvain ont accepté de témoigner publiquement de leur parcours pour deux raisons. «Si cela pouvait aider un seul couple à passer à travers le deuil!», espère Sylvain. Quant à Marie-Hélène, elle dit que la force du couple, elle et Sylvain l’ont puisée aussi, à travers celle de leurs familles respectives, du «modèle» de leurs parents. «C’est difficile pour des parents de voir leurs enfants souffrir.» Marie-Hélène et Sylvain veulent offrir un «cadeau d’amour» à Gaétan et Pierrette, à Lucille et Fernand.

«La Saint-Valentin, ça devrait être tout le temps quand on en a besoin!», conclut Sylvain.


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