OFFRE DE PRET CHEZ NATHALIE VASSELIERE

2011.02.19 Née sous X, bientôt chez ses grands-parents

source : JDD.fr
Contre l'avis de sa mère, Héléna va quitter sa famille d'accueil.
Il a baissé la tête à plusieurs reprises. Les mains posées sur ses notes, le regard fermé. Mal à l’aise? Lundi, peu après 17 heures, Christophe Béchu, président UMP du conseil général du Maine-et-Loire, a annoncé à la presse qu’il renonçait à se pourvoir en cassation après la décision de la cour d’appel d’Angers de confier un enfant né sous X à ses grands-parents biologiques.

Pour Christophe Béchu, 36 ans, cette décision est une des plus délicates qu’il ait eu à prendre. L’arrêt de la cour d’appel du 26 janvier donnant la garde d’Héléna, sans condition, aux grands-parents a pris tout le monde de court. Le conseil général, tuteur de la fillette de 20 mois, y était opposé. La mère biologique, qui avait pris la décision d’accoucher sous X, pour protéger son anonymat et donner la chance à l’enfant d’être adopté par une “famille neutre et normale”. Et même Isabelle et Pascal Oger, les grands-parents, qui n’en attendaient pas tant.

Pour prendre sa décision, Christophe Béchu a consulté des élus, entendu les membres des affaires sociales du conseil général, parlé plusieurs fois avec le préfet et téléphoné à Roselyne Bachelot, ministre de la Cohésion sociale et des Solidarités. “On en a fait des tours de parc pour en parler…”, raconte son directeur de cabinet Jean-Baptiste Mantienne. Aujourd’hui, Christophe Béchu ne doute pas: “J’ai pris la bonne décision. L’arrêt de la cour d’appel me choque, mais je dois me conformer à loi.”

La petite Héléna va donc quitter la famille d’accueil qui l’élève depuis sa naissance et intégrer progressivement le domicile des grands-parents. “Il n’y a pas de lien entre eux, mais ce sera une tout autre affaire quand elle habitera là-bas, explique Christophe Béchu. Un pourvoi n’est pas suspensif. Si la Cour de cassation casse le jugement et qu’une nouvelle cour d’appel revienne sur la décision de garde, au mieux dans deux ans, il faudra envoyer les gendarmes récupérer la petite fille? Pour son intérêt, il lui faut une stabilité.” Le conseil général, tuteur de la fillette, est coincé

“Si l’arrêt remet en cause une loi, c’est au parquet général de la faire respecter”, ajoute l’homme politique. Le parquet peut lui aussi se pourvoir en cassation. Il a jusqu’au 3 avril pour le faire. Des études juridiques sont déjà en cours. La bataille juridique n’est pas terminée mais Me Jacques Monier est déçu.

L’avocat de la mère biologique a plaidé la cause de sa cliente auprès de Christophe Béchu. Ils se sont rencontrés il y a dix jours au conseil général. Sans succès. Aujourd’hui, l’avocat est en colère: “Comment peut-on considérer sérieusement que l’intérêt de l’enfant soit d’être placé dans une famille qui a tyrannisé la femme qui lui a donné la vie?”

Le conseil général semble coincé.
“Aller en cassation, indique un proche de Béchu, était une façon de remettre en cause les grands-parents. Or on ne pouvait pas leur taper dessus et vouloir ensuite garder un œil sur eux. Le travail social est basé sur la confiance.” Les assistantes sociales du département ne forcent jamais la porte des familles pour s’assurer que tout se passe bien. Elles travaillent avec leur accord. Pour mieux les suivre, le conseil général veut éviter de se fâcher avec les époux Oger.

Des époux à présent discrets. Après avoir médiatisé l’affaire, leurs avocats demandent de “mettre fin à ce tapage médiatique” tout en découvrant, embarrassés, que leurs clients ont publié trois photos d’Héléna sur un compte Facebook. Des photos prises par la grand-mère qui s’était introduite dans le service de néonatologie de l’hôpital peu après la naissance de la petite. Le compte Facebook n’est plus alimenté depuis la décision du conseil général de ne pas se pourvoir en cassation. Mais les photos d’Héléna sont toujours visibles.

Garance Le Caisne - Le Journal du Dimanche


Outils personnels