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2011.03.23 Unicef - Alerte sur les dangers du trafic d'enfants en Haïti

(UNICEF) TOTOY, Haïti, 23 mars 2011 - La place du marché de la petite ville frontalière haïtienne de Totoy est presque vide. Il y a bien encore quelques femmes qui coupent des choux, ou essaient de mener des chèvres méfiantes aux stalles, mais la majorité des gens présents sur le marché se sont regroupés pour écouter une femme debout sur une estrade improvisée.

VIDÉO : Le reportage de Gabrielle Menezes de l'UNICEF, sur le trafic d'enfants à la frontière entre Haïti et la République dominicaine, et sur le travail de prévention de l'organisation contre ce trafic. Narration française Patrice Brizard. Regarder dans RealPlayer

Ellie Widlene Jasmine est l'une des nombreuses partenaires de l'UNICEF qui se déplace dans les villages isolés de la frontière pour alerter les populations sur les dangers qu'il y a à confier leurs enfants à des étrangers, dans l'espoir de les mettre plus en sécurité de l'autre coté de la frontière en République dominicaine.

Ellie Widlene Jasmine qui travaille pour l'ONG Heartland Alliance, dit aux gens qui l'entourent : « C'est quoi le trafic d'enfants ? C'est quand vous avez un enfant et que vous le confiez à quelqu'un d'autre, sans son accord ».

Elle explique comment les parents sont souvent les complices ignorants du trafic de leurs enfants. Les trafiquants leur promettent qu'ils prendront soin des enfants, qu'ils les enverront à l'école en République dominicaine et leur apporteront une vie meilleure.

La violation des droits de l'enfant

Ellie Widlene Jasmine continue en disant qu'elle comprend que l'offre est alléchante. La plupart des familles haïtiennes ont beaucoup d'enfants dont elles ne peuvent prendre soin, faute de moyens suffisants.

Image de l'UNICEF
© UNICEF Haiti/2011
Des parents de la ville frontière haïtienne de Totoy écoutent une éducatrice, appuyée par l'UNICEF, leur expliquer comment ils peuvent être abusés par les trafiquants en les autorisant à emmener leurs enfants illégalementt en République dominicaine.

Mais la réalité fait que le trafic viole le droits de l'enfant à grandir dans son environnement familial, affirme Jasmine. De plus, les enfants victimes de trafic sont exposés aux dangers comme la violence, la prostitution et le travail dans des environnements durs sans salaire ou presque.

Beaucoup de parents dans la foule sont choqués. « Je ne savais pas que cela existait, et après ce que j'ai entendu, je ne confierai jamais mon enfant à un étranger pour l'envoyer au loin », raconte Marie-Anna qui a une petite fille.

La soeur de Marie-Anna prend soin maintenant de sa fille à Port-au-Prince, parce qu'il est plus facile de trouver de bonnes écoles dans la capitale. « J'ai confiance dans ma soeur et je parle à mon enfant chaque jour », dit-elle.

Une frontière poreuse

Bien que la sensibilisation aide à instruire les parents sur les dangers du trafic d'enfants, elle ne peut pas résoudre seule le problème. En 2009, l'UNICEF estimait qu'au moins 2000 enfants avaient été victimes de trafic entre  Haïti et la  République dominicaine.

Image de l'UNICEF
© UNICEF Haiti/2011
Ellie Widlene Jasmine est l'une des nombreuses éducatrices, soutenues par l'UNICEF qui se déplace dans les villages isolés de la frontière haïtienne pour alerter les populations sur les dangers du trafic d'enfants.

Le tremblement de terre de l'année dernière a exacerbé le problème, avec l'appauvrissement de la plupart des familles et l'augmentation du nombre des désespérés. Aujourd'hui l'UNICEF soutient la Brigade de protection des mineurs (BPM) dans quatre postes frontière officiels qui vérifient les véhicules pour s'assurer que des enfants sans papiers, ou non accompagnés de leurs parents, ne traversent pas la frontière vers la République dominicaine.

Bien que cela dissuade certains trafiquants, la frontière entre les deux pays est poreuse. Une mission de l'UNICEF a longé des kilomètres de frontière non contrôlée.

Loin de la route principale qui sépare les deux pays, beaucoup de petits sentiers qui serpentent par les forêts et les collines sont utilisés par les trafiquants en toute impunité.

« Travailler ensemble »

« Nous avons traversé la frontière d'Haïti vers la République Dominicaine sans que personne ne nous arrête et nous demande nos papiers », affirme  Gallianne Palayret, spécialiste de la Protection de l'enfance à l'UNICEF.

Image de l'UNICEF
© UNICEF Haiti/2011
En 2009, l'UNICEF estimait qu'au moins 2000 enfants avaient été victimes de trafic entre Haïti et la République dominicaine. Les enfants d'Haïti sont beaucoup plus exposés au trafic depuis le séisme de janvier 2010.

« Imaginez alors combien c'est facile pour les trafiquants. Les gens doivent comprendre que chacun - les parents, les gouvernements et les ONG - doivent collaborer pour améliorer la situation et garantir que les enfants soient protégés ».

Le trafic d'enfant est un problème à plusieurs niveaux. Mais en sensibilisant les communautés, en soutenant des patrouilles à la frontière et en travaillant avec les deux gouvernements, l'UNICEF essaye de s'assurer que les enfants exposés au trafic soient protégés à chaque étape.


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