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2011.04.06 Adoption Haïti, entre deux maux, lequel choisir?

(Cyberpresse) Bon an mal an, Haïti était, pour le Québec, le deuxième ou le troisième pays d'origine des enfants adoptés à l'international. Depuis l'arrivée de 126 enfants adoptés sitôt après le tremblement de terre, il n'en arrive plus un seul ici. Le terrible dilemme se résume ainsi, dit le Dr Jean-François Chicoine: soit on risque de favoriser l'adoption d'un enfant qui a été acheté, soit on s'y refuse, quitte à ce que des enfants croupissent des années dans des orphelinats ou meurent avant d'être adoptés.

Pour le Dr Chicoine, pas question de risquer de près ou de loin de tremper dans le trafic d'enfants. Idem pour le Secrétariat québécois à l'adoption internationale dont la directrice générale, Luce de Bellefeuille, estime qu'il faut plutôt aider Haïti à repartir sur des bonnes bases et attendre qu'elle se dote d'une loi conforme à la convention de La Haye balisant les adoptions éthiques.

Claire-Marie Gagnon, chargée de cours à l'UQAM et présidente de la Fédération des parents adoptants du Québec, trouve que l'on charrie avec tous ces risques de trafic d'enfants. Car où est le marché, demande-t-elle, dans la mesure où avant même le tremblement de terre, des dizaines de milliers d'enfants se trouvaient déjà dans des orphelinats et que moins de 4000 bébés étaient alors adoptés annuellement?

De façon générale, Mme Gagnon se demande si, à force de vouloir respecter scrupuleusement certains principes, - la priorité donnée à l'adoption à l'intérieur de son pays d'origine - «on ne fait pas souffrir un enfant qui aurait besoin d'une famille».

«La convention de La Haye, avec la priorité donnée à l'adoption nationale, a pour effet pervers d'emmener des enfants à attendre quatre ou cinq ans dans des orphelinats avant d'être finalement admissibles à une adoption à l'étranger», dit Mme Gagnon.

La psychologue Diane Quevillon, qui voit beaucoup d'enfants adoptés dans sa pratique, observe pour sa part que le principe de l'adoption nationale presque à tout prix est mis en application «dans des pays où il n'y a pas de culture d'adoption d'enfants».

Chose certaine, les changements dans les façons de faire en adoption internationale ont eu le même effet un peu partout. Selon un bulletin du Service social international datant d'août 2009, les adoptions internationales sont en baisse aussi bien au Canada qu'aux États-Unis, en Allemagne, en Espagne qu'en Norvège. «Seuls la France (“3%) et l'Italie (“14%) enregistrent une croissance, peut-on lire, mais ces deux pays montrent une augmentation de la moyenne d'âge des enfants adoptés (…) à 5,6 ans en 2008 en Italie et l'Italie enregistre également une augmentation dans la proportion des adoptions de fratries (qui représentent) plus d'un quart des adoptions.»

Le nombre d'enfants disponibles est faible, et cela ne va pas sans amener une certaine pression sur les organismes qui se spécialisent dans l'adoption internationale.

Cela se traduit par l'obligation, pour ces organismes, de mettre en place des fondations visant à financer tel ou tel orphelinat, explique le Dr Chicoine. «Il commence à y avoir beaucoup d'argent dans l'humanitaire de l'adoption.»


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