2011.04.11 Des groupes de discussion pour les parents adoptants

(Le Figaro)

La démarche d'adoption est, à tous les niveaux, éprouvante.

Neuf mois. Éminemment symbolique, c'est la durée des démarches administratives par lesquelles doivent passer les parents en demande d'adoption. Au terme de ces neuf mois, ils apprennent par courrier s'ils peuvent ou non accueillir un enfant dans leur foyer. Entre-temps, ces postulants seront passés par une enquête sociale, psychologique et médicale approfondie.

Cécile Flé, maman adoptante et auteur du livre Créer des liens, accompagner sur le chemin de l'adoption (Éd. L'Instant présent), se remémore les entretiens qu'elle et son compagnon ont dû avoir avec les services de l'Aide à l'enfance: «Deux ou trois rendez-vous avec l'assistante sociale, d'abord dans ses locaux puis chez nous, pour vérifier dans quelle maison l'enfant serait accueilli; puis un entretien assez formel chez un pédopsychiatre de ville, deux autres avec un psychologue de l'Aide sociale à l'enfance… Ce processus est modulable suivant le département où vous vivez, mais il s'étale toujours plus ou moins en une demi-douzaine d'entretiens.» Un parcours que la jeune femme juge «très intéressant» avec le recul, parce qu'il leur aura permis, à son compagnon comme à elle, de finaliser vraiment leur projet d'adoption. «Car entre ce qu'on imagine au départ et ce que la réalité vous amène à considérer, il peut y avoir une grande différence», reconnaît-elle.

Une forme d'inquisition

Florence Lagougine, maman adoptante elle aussi, et par ailleurs psychosociologue et gestalt-thérapeute, garde un souvenir beaucoup plus mitigé de cette période -il y a une quinzaine d'années- où elle avait fait sa demande d'agrément en tant que femme célibataire. «J'ai eu le sentiment d'être étudiée sous toutes les coutures, confie-t-elle. J'ai dû raconter ma vie amoureuse jusqu'au moment où est née ma décision d'adopter, décrire les hommes avec lesquels j'aurais pu avoir un enfant, et peut-être m'expliquer sur une éventuelle homosexualité.» Rien de soutenant selon elle dans ces entretiens qui lui évoquaient plus une forme d'inquisition. «Mais le plus difficile était le doute distillé en permanence sur ma capacité à être mère, regrette-t-elle. Quand vous allez être parent biologique, on ne vous interroge pas sans cesse avec des questions du genre “Es-tu sûre de faire le bon choix?”, “Es-tu prête à éduquer un enfant?”, etc. Quand on est adoptant, il faut vraiment rester en phase avec ses valeurs, et garder haut et fort dans son cœur son désir d'accueillir un enfant.»

Ayant besoin d'être soutenue dans ce désir, et pour traverser toutes les étapes du processus, Florence a fait une psychothérapie de type «contenante» dont elle se dit vraiment satisfaite. «Ces séances m'ont aidée à ne pas être dévorée par un doute récurrent, notamment en m'encourageant à explorer la relation que j'avais eue moi-même avec ma propre mère.»

Douce idéalisation

Si l'accompagnement psychologique s'avère nécessaire en amont de l'adoption, il peut s'imposer aussi une fois que l'enfant tant attendu est arrivé. Et la plupart des parents trouvent un réel réconfort dans les rencontres ou groupes de parole mis en place notamment par l'association Enfance et familles d'adoption. «On peut confier nos difficultés à d'autres parents qui ont eu cette même démarche, explique Florence Lagougine. Et écouter ceux qui ont adopté depuis plus longtemps que nous est un processus très formateur».

Car après le remue-ménage émotionnel centré autour de leur désir d'enfant, les parents rencontrent un écueil encore plus délicat: il leur faut construire un lien d'attachement avec le nouvel arrivé. Une relation qui doit s'enclencher du jour au lendemain, et parfois avec un petit de déjà 4 ou 5 ans. «Alors que l'on avait envie d'un quotidien familial “normal”, on peut se retrouver confronté à des difficultés qu'on n'avait pas envisagées», confie Cécile Flé. Colères irrépressibles de l'enfant, réactions extrêmes et inexplicables de sa part, anxiété parentale d'avoir à lui raconter son histoire font voler en éclats la douce idéalisation qui avait aidé la famille d'accueil à tenir durant des mois, voire des années d'attente. «Un parent biologique veut souvent bien faire, mais un parent adoptant veut être le parent parfait», explique Cécile Flé. Aussi la jeune femme a-t-elle mis en place un groupe de discussion sur Internet et fondé un site où tout adoptant en difficulté peut venir chercher du soutien. «Pas de conseils, pas de diktats, pas de jugements, précise la fondatrice, mais un réel partage d'expériences. C'est comme ça que ça marche.» De quoi pouvoir offrir comme une zone franche à ceux qui souffrent encore trop souvent d'être jugés.


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