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2011.04.14 Le parquet du Pays Basque Sud ouvre une enquête sur les “enfants volés”

source : lejpb.com

Béatrice MOLLE

Deux cent cinquante. C’est le chiffre présumé des enfants volés dans les hôpitaux et cliniques puis remis à des familles adoptives, sans le consentement des parents biologiques, pour le seul Gipuzkoa, entre les années 1950 et 1990. On en compterait 400 dans tout le Pays Basque Sud. Et autant de personnes, parents, frères et sœurs qui les recherchent. En 1941, un décret-loi permettait au régime franquiste de placer en toute impunité les enfants sous sa garde ou de trouver des familles adoptives, “si leur éducation morale était en danger”. Et ce qui au départ faisait partie de l’arsenal idéologique du franquisme qui organisa le vol d’enfants de républicains et de “rouges” se transforma au fil des années en un obscur commerce lucratif.

Manifestation à Donostia le 16 avril

L’association Anadir (association de personnes affectées par une adoption irrégulière) qui s’occupe de ces cas et organise une manifestation à Donostia le 16 avril prochain explique la manière de procéder lorsqu'il s’agissait d’enlever ces enfants à leurs parents biologiques, pour les faire adopter moyennant finance : “Comme dans le reste de l’Etat espagnol, la procédure en Gipuzkoa était similaire. Une femme accouche dans un hôpital ou dans une clinique, plutôt de condition modeste ou très jeune. On lui signifie quelques heures après son accouchement que son bébé est mort. On lui raconte qu’il est très déformé, on parle même de brûlures dans la couveuse. Cela est très douloureux et l’administration conseille à la famille de ne pas voir le bébé sans vie, elle s’occupe même de l’enterrement. Là, nous sommes vraiment dans le cas type. Ce bébé est ensuite remis aux parents adoptifs qui ignorent souvent tout, contre une somme d’argent. On raconte souvent aux parents en quête d’enfant que la mère très jeune, quinze ou seize ans, est en grande difficulté sociale et ne peut subvenir aux besoins de son enfant, où bien qu’elle est morte en couches. Sur l’état civil du bébé peut figurer ou non qu’il s’agit d’un enfant adopté. Et nous avons aussi des cas où les parents biologiques avaient même le certificat de décès. Après des recherches, l’enfant devenu adulte a retrouvé ses parents biologiques qui lui ont montré ce certificat !”. La déléguée d’Anadir pour le Pays Basque est Flor Diaz Carrasco, elle habite Irun et a organisé à l’échelle de tout le Pays Basque Sud les prélèvements d’ADN pour ceux qui le souhaitaient. Car l’association Anadir est très puissante. C’est l’avocat Enrique Gil qui s’occupe de la partie juridique, lui-même adopté dans des circonstances troubles, et qui souhaite faire la lumière sur tous ces cas. Le président de l’association, Antonio Barroso, estime pour sa part que si la procédure aboutit on assistera à un macro-jugement civil sans précédent et qui pourra être porté devant la Cour européenne de Strasbourg. Il considère de plus qu’il s’agit d’un délit pénal assimilable à un enlèvement.

Ouverture d’enquête acceptée

Le procureur général Candido Conde-Pumpido avait refusé l’ouverture d’une enquête au niveau de l’Etat espagnol, ce sont donc les parquets des communautés autonomes qui vont instruire les cas un par un. Le procureur du tribunal du Pays Basque a d’ailleurs confirmé qu’il était d’accord pour ouvrir ces procédures. En Pays Basque Sud, les personnes qui se sont soumises aux tests ADN sont pour 60 % des mères qui soupçonnent que leur enfant donné pour mort est encore vivant. Quarante pour cent sont des adultes qui ont découvert avoir été adoptés tardivement, d’autres savaient mais nourrissent de forts soupçons sur la façon dont s’était déroulée la procédure d’adoption, soutenus parfois par leurs parents adoptifs qui s’estiment abusés.

Selon les avocats qui s’occupent de cette affaire, il s’agit d’un scandale sans précédent : “Nous avons appris que certains registres où étaient apposés les noms des enfants supposés morts moins de 24 heures après leur naissance avaient disparu. Nous sommes convaincus qu’il s’agit d’un réseau où sont impliqués des médecins, des sages-femmes, des prêtres, des religieuses ainsi que des fonctionnaires des états civils.”

Des témoignages accablants

Les témoignages affluent et donnent froid dans le dos. C’est le cas d’Ana Pardo qui accoucha à Irun en 1980 : “Après mon accouchement, on a mis mon bébé dans un petit berceau à mes côtés, puis, très peu de temps après, on l’a amené à l’hôpital de Donostia, on m’a annoncé qu’il était mort là-bas moins de 24 heures après. Pendant 30 ans, j’ai pensé que mon fils était mort, mais aujourd’hui, après enquête, j’ai la preuve qu’il n’a jamais été à l’hôpital de Donostia”. Ezequiel Guerra d’Errenteria raconte qu’en 1973 sa sœur est née à Donostia : “Huit heures après sa naissance, on annonce à mes parents qu’elle est morte et que la clinique se chargeait de tout. Mes parents n’ont aucun papier, car à l’époque les médecins étaient des dieux et mes parents des gens humbles qui faisaient confiance. Aujourd’hui, nous menons des recherches”. Maité de Tolosa a su à 11 ans qu'elle avait été adoptée. Elle entreprend des recherches et se rend à la Députation du Gipuzkoa, afin de consulter les documents sur les adoptions légales : elle n’y apparaît pas. Sa mère adoptive est par contre inscrite comme ayant accouché d’elle dans une clinique à Tolosa.


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