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2011.04.17 La délicate adolescence des enfants adoptés

(Ouest-France) Les manifestations de l'adolescence sont plus intenses chez l'enfant adopté : dépressions plus profondes, relations familiales plus difficiles. Une crise identitaire due à une alchimie de facteurs. Décryptage

Une double interrogation

Plus l'enfant a subi des maltraitances, des carences éducatives et affectives entre 0 et 2 ans, plus les manifestations extérieures de l'adolescence sont importantes. L'adolescent interroge, parfois de façon brutale, les liens tissés jusqu'alors avec ses parents. Adopté, il questionne deux passés : avant l'adoption et depuis.

L'adolescence ravive les angoisses anciennes en rapport avec son histoire, parfois émaillée de ruptures, séparations, passages en famille d'accueil et en institution. Ces blessures sont interrogées, ainsi que le cheminement de ses parents adoptifs vers lui. En général, les questions sont indirectes, à travers des attaques : « Non seulement vous êtes nuls, mais en plus vous n'êtes pas capables de faire des enfants… », « De toute façon, vous n'êtes pas mes vrais parents, je veux aller les voir ».

La famille adoptante doit tenir bon et ne pas avoir honte de s'affirmer comme parents. Qu'elle ne tombe pas dans le piège des origines en répondant : « La porte est ouverte, tu peux y aller ! » Cela renforcerait l'insécurité du jeune dans cette période cruciale de mise à l'épreuve des parents. Sentant que ses parents adoptifs pourraient l'abandonner sur un plan fantasmatique, il plongera dans un vertige sans fond.

Les parents ne doivent pas répondre par la provocation, mais assumer un passé dont ils ne sont pas responsables ¯ le vécu avant l'adoption, une histoire d'abandon.

Du côté des parents

L'attitude des parents peut aussi être la cause d'une adolescence difficile. Des parents vulnérables au sujet de l'adoption qui ne sont pas parvenus à procurer à l'enfant une sécurité familiale suffisante pour apaiser ses angoisses pendant le temps de la construction familiale. Ou qui avaient une attente trop grande vis-à-vis de lui.

Quelle solution ?

En famille, les parents seront à l'écoute afin de repérer les angoisses que traverse leur enfant de façon à pouvoir l'aider. Ils s'efforceront de répondre en vérité, selon son âge, à ses questions afin de lui rendre son histoire plus facile à penser. Un enfant ayant intégré qu'il a été abandonné pourra ensuite accepter la création d'une nouvelle filiation avec l'adoption.

Si de grosses difficultés apparaissent, il est préférable de consulter le plus tôt possible, soit au Centre Médico-Psychologique (CMP), soit chez un spécialiste de l'adoption. Ces consultations pourront déboucher sur des thérapies pour adolescents si besoin.

La prévention

Pour prévenir une adolescence difficile, il faut que le cheminement des parents vers l'adoption soit irréprochable sur le plan du droit. Car lorsque le jeune les interrogera sur les conditions dans lesquelles il a été adopté, il sentira très vite si le sujet est tabou ou pas. Ensuite, que les parents soient au clair sur leurs motivations.

Elles ne doivent jamais être purement humanitaires, ni pour sauver un enfant, encore moins pour sauver son couple. Les blessures de l'infertilité sont vulnérabilisantes si elles ne sont pas dépassées. L'enfant adopté sera sans cesse un rappel de cette blessure et il le sentira. On adopte pour être parent et construire une famille.

Propos recueillis par Aude SOULAINE.


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