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2011.04.30 Adopter cinq enfants, ce n'est pas de tout repos

(Sud-Ouest) Au début des années 90, Liliane et Jean-Jacques ont recueilli Miléna, Adélie, Michel, Rémi et Paul, originaires d'Amérique latine. Pour un quotidien parfois chaotique.

C'est une famille où les enfants ne ressemblent pas aux parents et où ça ne chagrine personne. Où il ne faut pas regarder Adélie comme une victime, comme si elle était « forcément malheureuse car adoptée », et où il faut éviter de complimenter Liliane et Jean-Jacques du genre : « Ah c'est super que vous ayez adopté ces cinq enfants. Je vous félicite. »

Ces deux-là ne pouvaient en avoir, ils ont donc fait « comme tout le monde, pour répondre à une envie égoïste. Car devenir parent, c'est toujours égoïste », insiste le papa, cardiologue à Sarlat. « Pour l'article, je préfère qu'on ne mette pas notre nom de famille, OK ? »

Catastrophe naturelle

Dans l'histoire de la famille M., il y a eu tout d'abord Rémi (22 ans, Chilien) recueilli à un mois et demi. Puis les jumeaux colombiens Miléna et Michel (23 ans), et enfin Adélie (21 ans) et Paul (20 ans), frère et sœur, également originaires du Chili, abandonnés par une mère trop pauvre.

Pour les uns, Liliane et Jean-Jacques, amoureux de l'Amérique latine, ont dû vivre en Patagonie en plein hiver, « par - 30 degrés » ; pour d'autres, il a fallu affronter l'effroyable guerre civile de Bogota accompagnés d'un garde du corps armé, « car tout sautait, des juges étaient même assassinés ».

La suite, à Sarlat, n'allait pas être beaucoup plus tendre. Une terrible menace se rapprochait : l'adolescence. « Ça va mieux depuis six mois, mais ce fut dix ans horribles », n'hésite pas Jean-Jacques. « Contrairement aux familles classiques, on avait cinq ados à gérer en même temps. Le pire, c'était les garçons qui voulaient prendre en quelque sorte leur revanche. Ils agissaient comme si tout leur était dû à cause de leur histoire. »

Rémi à ses parents

Les regards se portent sur le seul des trois garçons présents ce samedi-là à la maison. Rémi, qui préférera ne pas apparaître sur la photo, dit s'être un peu calmé, être « moins nerveux, moins con ». « Ah bon, t'es sûr ? », lui sourit Miléna.

« L'adolescence, c'est toujours difficile, mais quand vous êtes adopté, les statistiques le montrent clairement, c'est encore plus délicat », dit le père, posant des chiffres sur le mal-être. Incapables de se tenir à l'école, puis dans la société tout court, où ils finissaient par connaître les gendarmes par leur prénom, « ils ont disjoncté », souffle la mère, à qui on a même dit un jour : « Mais qu'est-ce que vous vous embêtez avec ces enfants, ce ne sont pas les vôtres après tout ! » Liliane, qui avait mis fin à ses activités de pneumologue et médecin du sport pour se consacrer à sa famille, savait maîtriser sa colère. « Heureusement, parce que sinon… »

Rémi, le regard coupable, veut lui faire du bien : « Ce n'est pas votre faute si j'ai fait des conneries, c'est la mienne. J'ai eu tout l'amour dont j'avais besoin. » Il est le seul fils unique de la fratrie, « le chouchou », selon Adélie, qui aurait aimé, comme lui, avoir des photos d'elle bébé.

Elle pourrait en demander à sa mère biologique, retrouvée il y a peu sur Facebook. En cachette, au cas où ses parents soient jaloux. Sa mère secoue la tête : « Impossible, l'adoption n'est pas taboue chez nous. On est même retourné au Chili pour leur montrer leur ancien orphelinat. Les dossiers de chacun sont sur une armoire, disponibles. C'est pourquoi ça a clashé un moment entre nous… Je ne comprenais pas qu'elle ne nous l'ait pas dit. » La méthode douce

Depuis bientôt huit mois, Adélie est enceinte d'un garçon. Elle n'a pas eu envie de lui donner un prénom chilien, ni d'annoncer la nouvelle à sa mère biologique. Elle dit que sa famille est ici. Sa sœur Miléna la prend par l'épaule. Elle, c'est l'humanitaire qui l'anime, elle veut voyager et aider les autres. Évidemment. « Ce n'est pas lié à mon adoption », oppose-t-elle, pleine d'assurance.

Son père n'en est pas convaincu : « C'est sans doute une autre forme de revanche que les garçons. Mais elle, c'est la manière douce. »


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