2011.05.31 Pour négligence dans la mort de 33 enfants, trafic d'enfants, faux et usage de faux, la directrice de la pouponnière Mme Diallo Aminata Kéïta déférée hier à Bollé

(Mali Web) L'étau se resserre autour de la directrice de la Pouponnière I de Bamako qui, depuis hier, est passée au statut de pensionnaire du centre de détention pour femmes de Bollé. Madame Diallo Aminata Kéita, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, a été arrêtée le jeudi 26 mai aux environs de 15 heures 30 minutes par les éléments de la Brigade des mœurs, avant d'être déférée le lundi 30 à Bollé. Mme Diallo Aminata Kéita est accusée de négligence dans la mort de 33 enfants de la Pouponnière, structure créée pour prendre en charge jusqu'à l'âge de trois ans les enfants abandonnés, orphelins sans soutien ou de parents inconnus. Elle aura aussi à répondre des accusations de trafic d'enfants, de faux et usage de faux. De sources dignes de foi, la directrice de la Pouponnière ne sera pas la seule interpellée, un couple l'y a rejoint en prison toujours en rapport avec les accusations de faux et usage de faux.

Nous vous rappelons que L'Indépendant fut le premier à dévoiler cette scabreuse affaire de la mort de trente trois enfants à la Pouponnière et avait même interpellé les plus hautes autorités du pays pour que les responsabilités soient situées et les coupables punis. Depuis le jeudi 26 mai, la justice est en branle avec l'arrestation de la première responsable des lieux. Loin de nous l'intention d'exagérer, mais Mme Diallo Aminata Kéïta risque gros dans la mort des 33 enfants. Un scandale tel qu'on n'en a jamais vu au Mali.

En effet, entre août 2010 et février 2011, 33 enfants dont les âges varient de quelques semaines à 3 ans au plus, sont morts dans des conditions effroyables à la Pouponnière I de Bamako : malnutrition, déshydratation, manque de soins médicaux et d'hygiène.

C'est un rapport de la Brigade des mœurs dirigée par le Contrôleur général de police, Amy Kane, qui a établi cette monstruosité qui s'est produite dans l'indifférence générale.

Son rapport en date du 17 février, faut-il le rappeler, se passe de tout commentaire : “Il a été enregistré la présence de 66 enfants pour 7 nounous. Les enfants souffrent de malnutrition et ceux âgés de moins d'un an ne mangent que du riz. Ils ne portent ni couche, ni habit adapté à la saison. Ceux âgés de deux ans et plus, après le petit déjeuner, n'ont pas droit à un goûter et sont obligés d'attendre 13 heures pour prendre les repas de la mi-journée”. Le rapport ajoutait que “les soixante enfants n'avaient droit qu'à un kilo de viande par jour et 10 kilogrammes de riz par jour. Les vingt cinq enfants en âge d'aller à l'école n'ont aussi droit qu'à une miche de pain pour le petit déjeuner, etc”.

Il y a lieu de préciser qu'au moment des faits et surtout lors du passage de l'équipe de la Brigade des mœurs, le responsable médical du service avait indiqué que les enfants sont décédés à cause de la dénutrition, la déshydratation et le manque de soins et d'hygiène. Il avait aussi ajouté que les apports nutritifs apportés ne couvraient pas les besoins des enfants.

Nous savons que la Pouponnière qui relève du ministère de la Promotion de l'enfant et de la famille fonctionne sur la base des dons fournis par des structures et organismes de la place. Il est reproché à Madame Diallo Aminata Kéïta une gestion solitaire, sans implication de son personnel dans les décisions et les méthodes à adopter en vue de réunir autour des enfants les conditions minimales favorables à leur épanouissement.

Nous ne pouvons pas donc comprendre qu'avec tous ces dons perçus, les enfants puissent souffrir et mourir de malnutrition, de manque de soins. Elle aura à réponde de la destination des fonds et dons fournis aux enfants de la Pouponnière et l'usage qui en a été fait.

Mme Diallo Aminata Kéita aura aussi à répondre des accusations de faux et usage de faux et trafic d'enfants qui pèsent désormais sur elle. Il est même signalé la disparition d'enfants dans des circonstances non encore élucidées. L'ex-directrice aura, sans nul doute, à s'expliquer devant le tribunal sur ces cas. Elle ne sera pas la seule. On nous signale aussi l'arrestation d'autres personnes qui vont, elles aussi, répondre à des cas de disparition d'enfants. C'est donc un vaste réseau criminel que la Brigade des mœurs est en train de démanteler.

Nous y reviendrons.

Abdoulaye DIARRA


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