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2011.07.21 La “famille durable” de l'UMP contre le mariage gay

(Le Post, relayé depuis le site de Diké) Il est tout à fait humiliant, pour un homosexuel, de devoir aujourd'hui demander au bon peuple hétérosexuel de lui donner des droits. Se marier, adopter des enfants, deux droits que les hétérosexuels ont pris, on dirait depuis toujours. Mais les homosexuels, en minorité, doivent demander gentiment la permission, et attendre que l'Homme Blanc Catholique Hétérosexuel (le HBCH, notre équivalent du WASP américain ou anglais) ne se décide. Les hétérosexuels sont majoritaires, ils sont en position de force, ils peuvent donc exercer leur autorité paternaliste. C'est cela la démocratie… Enfin… C'est ce qu'ils croient.

Car si la démocratie c'était imposer la volonté de la majorité aux minorités, les femmes ne pourraient toujours pas conduire, travailler, avoir un compte en banque, avorter, voter. Entre autres exemples. La démocratie, c'est aussi garantir l'égalité des droits pour les minorités. Et cela, la France l'a oublié. Tout comme une femme ne choisit pas de naître femme, un homosexuel ne choisit pas de naître homosexuel.

Les arguments anti-mariage homosexuel et anti-adoption font froid dans le dos (voir article du Monde d'aujourd'hui sur la “ famille durable ” de l'UMP). On a l'impression, de plus en plus, que certains Français se crispent sur des positions est-européennes, chrétiennes intégristes, alors même que la pratique de la religion catholique ne cesse de décroître. Serait-ce donc juste de la haine à l'égard de la différence ? Nos concitoyens deviendraient-ils schizophrènes, à l'image de ce Président qui rencontre le Pape Benoît XVI, défend la famille traditionnelle, mais épouse trois femmes, avec lesquelles il a des enfants, et connaît deux divorces ?

On nous dit que les homosexuels ont les mêmes droits que les hétérosexuels puisqu'ils peuvent se marier : un homme homosexuel peut très bien épouser une femme, c'est vrai. Mais ce droit est une aberration, un droit inadapté au citoyen - et contribuable - homosexuel. Qu'a-t-il à faire de ce droit ? Les hommes hétérosexuels ont le droit de se PACSer avec d'autres hommes, mais cela les intéresse peu.

On nous dit que l'homosexualité, qui n'est pas naturelle, « une aberration anthropologique » dixit le député Christian Vanneste, ne permet pas le renouvellement de l'Humanité… Mais marier les homos n'empêcherait en rien les hétéros de continuer de produire des bébés à tour de bras. Cet argument est fallacieux.

On nous dit que les homosexuels ne veulent pas se marier, de toutes façons. « J'ai beaucoup d'amis homosexuels qui ne veulent pas se marier ! ». Les homosexuels demandent l'égalité des droits, et l'égalité des droits, c'est aussi la liberté de ne pas exercer son droit. J'ai le droit de conduire, mais je peux aussi choisir de ne pas conduire ; faut-il pour autant m'interdire de passer le permis de conduire ?

On nous dit que pour les enfants, avoir un père et une mère est essentiel. Peut-être bien. Quoique de nombreuses études ont été menées aux Etats-Unis - où de nombreuses familles homoparentales existent - et rien ne semble prouver cela. Mais soit, acceptons l'argument.

Cependant, on le sait, parfois papa et maman divorcent - s'ils ont jamais été mariés - ou papa décède. L'enfant doit alors vivre avec une grande douleur, dans une famille monoparentale. Mais avoir des parents homosexuels n'a rien à voir avec cela : on ne parle pas de familles monoparentales déprimées quand on parle d'homoparentalité. On parle de familles avec deux parents unis, de même sexe, mais unis. L'absence d'un parent de sexe masculin ou féminin est autorisée pour les hétérosexuels : familles désunies, familles endeuillées. Cela est interdit aux homosexuels. Et cela est une injustice flagrante.

Les parents hétérosexuels bénéficient d'une immense tolérance : ils peuvent avoir des enfants sans se marier (pas les couples homosexuels, dépourvus de droit d'adoption), peuvent se séparer, gardent leurs enfants lorsqu'il y a un décès (bien sûr). Autant de droits que l'on refuse aux homosexuels. Faut-il avancer l'argument des maltraitance par des parents hétérosexuels, pour montrer que l'hétéroparentalité n'est pas un modèle absolu ?

On nous dit aussi que le mariage est réservé aux hétérosexuels parce que ceux-ci peuvent “faire” des enfants (comme si un enfant “fabriqué” par le couple avait plus de valeur que l'enfant adopté). Mais combien de couples hétérosexuels sans enfants, par choix ou incapacité physique, devrait-on dans ce cas divorcer de force ? Cet argument ne tient pas, lui non plus.

On nous dit aussi une chose atroce : avoir des familles homoparentales accroîtrait le nombre d'homosexuels. Cet argument est dégoûtant car il montre combien l'augmentation du nombre d'homosexuels est redoutée. Pire, que l'on veut lutter contre elle. Cet argument est surtout faux : les homosexuels français ont, dans 99,99% des cas, été élevés par des hétérosexuels.

La France doit faire advenir l'égalité entre ses citoyens, et la justice dans la société : l'union entre les couples homosexuels doit être identique à l'union entre hétérosexuels, comme c'est le cas notamment en Afrique du Sud, en Argentine, en Belgique, au Canada, en Espagne, en Islande, en Norvège, aux Pays-Bas, au Portugal, en Suède… Les couples homosexuels doivent avoir le droit de fonder des familles.

Le problème réside sans doute dans la conservation du mot « mariage » comme union civile. Le mot « mariage » devrait être réservé à l'acte fait par les croyants, Catholiques, Juifs, Protestants, Musulmans, etc, en leur lieu de culte. Le mot « mariage » devrait peut-être disparaître des mairies et des états-civils, au profit de la même « union civile » pour tous, qui conférerait aux citoyens les mêmes droits.


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