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2011.10.19 Homoparentalité : il ne suffit pas de dire "on est pour"

(LCI) INTERVIEW - Jérôme Guedj, président socialiste du conseil général de l'Essonne a écrit mardi aux 99 autres présidents de département pour leur demander de s'engager clairement en faveur de l'adoption par les couples homosexuels.

En mai dernier, deux mois après être devenu président du Conseil général de l'Essonne, le socialiste Jérôme Guedj délivrait son premier agrément à une jeune femme célibataire, vivant officiellement en couple homosexuel, et désirant adopter un enfant. Mardi, à deux jours du congrès annuel de l'association des départements de France, ce militant de l'homoparentalité a envoyé une lettre à tous les présidents de conseils généraux leur demandant de s'engager en faveur de ce qu'il estime “être un droit”.

TF1 News : Pourquoi avez-vous envoyé cette lettre en faveur de l'homoparentalité à l'ensemble des présidents de conseils généraux ?

Jérôme Guedj, président PS du conseil général de l'Essonne : Parce que je suis un militant de l'égalité des droits. Toutes les discriminations, qu'elles soient du fait de l'origine supposée d'une personne, de son handicap ou de son orientation sexuelle, vident de sa substance ce beau principe de l'égalité. Aujourd'hui, force est de constater qu'un problème persiste sur la question de l'adoption par les couples homosexuels. Les départements ayant le pouvoir de donner ou non les agréments nécessaires à ces adoptions, je pense que c'est à nous, présidents de conseils généraux, de nous saisir de cette question afin que les choses changent.

En mai dernier, j'ai accordé un premier agrément à une jeune femme qui s'était déclarée officiellement homosexuelle et en couple car elle présentait toute les conditions de stabilité affective et de sécurité psychologique. Pour l'instant, depuis que je suis président du conseil général, c'est le seul cas qui s'est présenté à nous, mais je pense qu'il faut continuer à pousser le débat, qu'il ne suffit pas de dire “on est pour”, et c'est pourquoi j'ai écrit à l'ensemble des présidents de conseils généraux (ndlr : sur les 100 départements, 61 sont à gauche, 39 à droite).

TF1 News : que leur demandez-vous concrètement ?

J.G. : Dans ce courrier, je leur rappelle que la France a été condamnée à plusieurs reprises, en 2006 et 2008, par la Cour européenne des droits de l'Homme pour des cas de refus d'agrément qui reposaient, même de façon elliptique, sur l'orientation sexuelle des demandeurs. Or, les couples homosexuels doivent pouvoir adopter dans les mêmes conditions que les couples hétérosexuels. C'est pourquoi je propose à mes camarades de signer une charte d'engagement en faveur de l'homoparentalité. Cette charte précise que le signataire s'engage à sensibiliser l'ensemble des intervenants dans la chaîne de l'adoption : travailleurs sociaux, psychologues, etc….

Je leur propose également d'organiser un colloque ou des assises en 2012 dans l'Essonne. Car il reste de nombreuses questions très pratiques à gérer et qui pourraient avoir une réponse législative. Par exemple, aujourd'hui, la personne homosexuelle qui adopte détient seule l'autorité parentale. Cela veut dire que son conjoint ne peut signer une autorisation d'hospitalisation ou aller à une réunion d'école par exemple.

TF1 News : Pensez-vous comme certains que l'homoparentalité est une évolution irréversible de notre société qu'aucune loi ne pourra arrêter ?

J.G. : J'en suis convaincu. Et, de mémoire, des enquêtes d'opinion publiées en début d'année montraient que près de 60% des Français étaient favorables à l'adoption par les couples homosexuels, ce qui montre une certaine maturité de la société vis-à-vis d'une certaine tartuferie. Il faut savoir faire évoluer le droit là où il y a des pratiques. Nous devons même être à l'avant-garde de la société. Aujourd'hui, pour mettre toutes les chances de son côté, une femme homosexuelle qui veut adopter doit se déclarer comme vivant seule. Elle doit donc être dans le déni de son identité sexuelle pour pouvoir assouvir son désir d'enfant. Ce n'est pas satisfaisant. Et je suis ravi que l'ensemble des candidats à la primaire socialiste aient pris position en faveur de l'adoption par les couples homosexuels.

TF1 News : D'autres estiment que cela va à l'encontre des valeurs traditionnelles de la famille…

J.G. : Ce sont ces mêmes personnes qui s'étaient opposés au PACS hier. Et, aujourd'hui, le PACS est entré dans les mœurs sans qu'il y ait eu de révolution en France. Il y a plus longtemps encore, lorsque le divorce a été autorisé, on avait dit que cela serait terrible pour les enfants… Qu'on me prouve, aujourd'hui que l'orientation sexuelle des parents puisse être un déterminant qui affecte la santé mentale ou l'équilibre psychologique ou affectif de l'enfant.

Que les choses soient bien claires : je ne considère pas qu'il y a un droit à l'enfant qui surpasse tout. Mais s'il y a un désir profond d'enfant dans un couple, je préfère de loin, quel que soit son orientation sexuelle, que ce couple donne tout son amour à un enfant orphelin ou né sous X plutôt que ce dernier reste pupille de l'Etat ou dans un orphelinat à l'étranger. Pas vous ?


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