2012.01.17 Adopté, il a retrouvé sa famille en Haïti

(Ouest-France) « Quelques minutes plus tôt, j'étais encore le fils unique d'une mère célibataire et soudain, je découvre une famille haïtienne, apparemment nombreuse, qui m'attend et semble déjà m'adorer. » Tinan Leroy, 32 ans aujourd'hui, a été adopté à l'âge de 4 ans et demi par une Française. Il renoue avec sa famille et en 2002, il se rend en Haïti. Il a 22 ans. C'est le retour au pays natal, les retrouvailles avec sa famille, la découverte d'un pays, sa pauvreté, ses croyances, sa culture…

Avec en parallèle, le séisme de 2010. « Un choc pour moi. J'étais alors en France, loin de ma famille. C'était très frustrant. » La catastrophe et « les adoptions précipitées » le poussent à éditer le journal de bord qu'il a tenu en 2002, Magnitude 7.3. « Je pense avoir un regard assez unique sur Haïti, à la fois impliqué et détaché. »

Impliqué et détaché ? C'est l'état de Tinan depuis qu'il est retourné là-bas. « En 2002, je pensais appartenir à deux mondes. Maintenant, je réalise que je n'appartiens à aucun. J'ai éprouvé le besoin de retrouver mes origines car je ne me sentais pas à ma place en France. Force est de constater que je ne l'ai pas non plus en Haïti. »

Déraciné

Aujourd'hui, « je suis toujours dans cet état-là. J'ai l'impression de n'appartenir à personne. Je suis d'ailleurs. Je vis dans un no man's land », explique le jeune homme. Un no man's land qui a compliqué ses relations avec sa mère adoptive d'une part, avec sa famille haïtienne d'autre part. Il a d'ailleurs coupé les ponts avec la première. Son livre relate le combat du jeune homme pour maîtriser ses sentiments et trouver sa place, son équilibre d'enfant adopté.

Car il lui faut dompter la colère d'un petit garçon arraché à 4 ans et demi à sa mère et à son pays. Tiraillé entre une mère biologique qui l'a abandonné involontairement et par une mère adoptive qui pensait que « j'aurais dû la remercier de m'avoir sauvé. Je ne leur ai toujours pas pardonné à toutes les deux. »

À travers son histoire, Tinan Leroy dénonce aussi les problématiques de l'adoption et le trafic d'enfant « qui existe encore. Des parents sont abusés. Il faut mettre en place des choses sérieuses. »

Pour lui, « l'adoption devrait être un palliatif de dernier recours pour des enfants qui n'ont réellement plus de parents ou qui subissent des violences. » Et en aucun cas, considérer l'adoption « comme une action humanitaire. »


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