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2012.06.29 L’adoption en Russie bientôt fermée aux étrangers ?

(La Russie d'Aujourd'hui) En Russie, de plus en plus de familles désirent adopter un enfant. Elles entrent en concurrence avec d’autres parents venus de l’étranger.

Début juin, un plan national d'action pour l'enfance a été approuvé par décret par le président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine. L'idée est simple : l’État se doit de garantir le droit propre à tous les enfants : avoir une famille. Ainsi, le gouvernement veut réduire le nombre d’orphelinats sur le territoire russe et placer 90 % des enfants dans des familles d’accueil grâce à différentes formes de tutelle.

Le document donne également une consigne d’une importance considérable : les orphelins doivent être adoptés par des familles russes. Par conséquent, le nombre d’enfants adoptés par des étrangers doit diminuer. C'est la première fois qu'une telle volonté est formulée de manière officielle par le chef de l’État.

La Russie traverse actuellement une crise démographique. Cette année, les rangs des classes primaires de nombreuses écoles étaient clairsemés. Parallèlement, le nombre de couples désireux d'accueillir un orphelin augmente.

Aujourd'hui, à Moscou, il existe 32 centres de formation destinés à accompagner les parents adoptants dans leurs démarches. Le premier centre inauguré au cours de l’année 2000 par l’association caritative « Semia » (Famille) a joué un rôle considérable dans leur création. Le gouvernement a également soutenu ce projet.

Douze médecins, psychologues et juristes y prodiguent leur enseignement. 7 d'entre eux ont déjà accueilli un orphelin. Leur mission principale : faire évoluer les mentalités en se débarrassant des idées reçues. Par exemple, nombreux sont ceux qui pensent que les enfants placés en orphelinat sont en mauvaise santé.

Ces dernières années, le gouvernement a augmenté de manière significative le financement des internats publics. Chaque année, de 350 000 à 600 000 roubles (8 750 à 15 000 euros) sont alloués à chaque orphelin selon les régions. Cette pension couvre également les frais d’entretien de l'établissement, la rémunération du personnel et les dépenses fixes. De plus, le personnel des orphelinats touche une prime lorsqu’il prodigue des soins à un enfant malade : par conséquent, les faux diagnostiques pullulent. C’est d’ailleurs le premier problème auquel s’attaquent les intervenants des centres de formation : « Avant de lire l'historique de la maladie, explique-t-on à des derniers, regardez tout simplement l'enfant. D'autant plus que de nombreuses maladies disparaissent si l'on prend soin de lui. »

L’ouverture des procédures d’adoption aux parents étrangers explique également l'augmentation des faux diagnostiques chez les enfants placés en orphelinat. La loi russe exige que cinq familles aient refusé d’accueillir un orphelin pour qu’il soit confié à un étranger. Les pires diagnostiques possibles sont donc parfois établis pour décourager les familles russes.

Anton Jarov, avocat, intervient au centre de formation et raconte une anecdote caractéristique à ce sujet. Une famille voulait adopter un enfant de trois mois. Trois couples avant eux avaient refusé de l'adopter car l’enfant était soi-disant porteur d’horribles maladies, dont une hépatite. Mais, touchés par l’enfant, le couple a malgré tout décidé d’entamer la procédure. Suite à un contrôle médical, il s'est avéré que le petit était en parfaite santé. Les nourrices ont par la suite reconnu que l'enfant était destiné à être adopté par une famille étrangère. Ainsi, lorsqu’il s’agit d’accueillir un enfant, les Russes sont en concurrence avec les étrangers. Dans de nombreuses régions, les Russes doivent se soumettre à des listes d'attentes systématiques pour avoir le droit d'adopter un petit ; les agences étrangères, elles, arrivent à les contourner.

Pour les Russes, la procédure d’adoption est gratuite quand les étrangers doivent verser une somme non négligeable. D'après le directeur de l’association caritative « Semia », Mikhaïl Pimenov, un Américain aurait payé 25 000 dollars pour pouvoir adopter en Russie. « Je suis sûr que les parents étrangers empêchent les familles russes d’accueillir elles-mêmes des orphelins. D’après moi, les étrangers devraient seulement être autorisés à adopter des enfants qui présentent des handicaps sévères et que nous ne pouvons pas aider », ajoute-il d'un ton assuré.

Si l'on en croit les chiffres révélés par le département américain de l’adoption internationale, les Américains ont adopté 970 enfants russes en 2011 quand 2589 enfants ont été adoptés en Chine et 1727 en Ethiopie. Au total, plus de 3000 petits Russes ont rejoint des familles étrangères.

L’augmentation des adoptions par des parents étrangers et le nombre important d'orphelins en province sont directement liés. Si l'administration régionale ne fait rien pour limiter le nombre d'enfants placés en orphelinats et soutenir les familles en difficulté, la voie est libre pour les étrangers.

Heureusement, des politiques locales réussies sont de plus en plus nombreuses en Russie. Par exemple, en 2005, 25 familles avaient eu recours à l’adoption dans la région de Krasnodar. Aujourd'hui, elles sont plus de 2000 à s'être lancées dans l'aventure. En effet, les mentalités ont évolué. Des émissions consacrées à cette thématique ont été diffusées à la télévision, les pouvoirs locaux sont partis à la recherche de couples sans enfants qu’une procédure d’adoption pourrait intéresser. Ces derniers ont pu visiter les orphelinats, rencontrer les enfants dont l’intelligence et les talents ont été loués.

Au final, 9 orphelins sur 10 de la région de Krasnodar ont désormais une famille. Le gouvernement dispense également un soutien financier : les familles à qui sont confiés des enfants handicapés touchent jusqu'à 500 000 roubles (12 500 euros). Une allocation mensuelle est également versée aux parents adoptants.

Jusqu’en 2006, la ville industrielle de Tcherepovets comptait 9 orphelinats où 300 000 enfants étaient pris en charge. La criminalité faisait des ravages chez les jeunes. Les instances de pouvoir locales ont compris qu’il fallait intervenir au sein-même des familles. L'association caritative « Doroga k domou » (La Route vers la maison) a été créée ainsi qu’un centre de formation destiné à épauler les parents envisageant d’avoir recours à l’adoption. Au bout de quelques temps, 4 orphelinats ont fermé leurs portes. Notons qu'aucun des enfants adoptés n'est retourné à l'orphelinat.

Dans la région de Tioumen, les services sociaux locaux se sont consacrés aux familles en difficulté. Les parents sont accompagnés dans leurs démarches, qu’il s’agisse de trouver du travail ou de se sevrer de l'alcool. Une aide matérielle leur est accordée s’ils envisagent de monter un petit commerce. Au final, le nombre de parents privés de leur droit parental régresse et 89% des enfants ont un vrai foyer.


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